Un ré­sul­tat qui bous­cule la classe po­li­tique fran­çaise

Une ex­trême droite qui croit en sa vic­toire en 2017, une pri­maire de droite qui peut ré­ser­ver des sur­prises, une gauche qui ap­pelle au ras­sem­ble­ment : la vic­toire de Trump aux USA re­bat les cartes

Monaco-Matin - - Elections Américaines -

Ma­rine Le Pen boit du pe­tit- lait

Ma­rine Le Pen, une des rares per­son­na­li­tés po­li­tiques fran­çaises à avoir ou­ver­te­ment ex­pri­mé son re­jet de la fa­vo­rite dé­mo­crate Hilla­ry Clin­ton, a été par­mi les pre­mières à fé­li­ci­ter Do­nald Trump, avant même la confir­ma­tion de son suc­cès. Ces proches y voient une ré­pé­ti­tion gé­né­rale avant le suc­cès de leur propre can­di­date dans six mois. « Tout le sys­tème s’est mo­bi­li­sé contre lui (...) Ça vous rap­pelle pas quel­qu’un ? » a twee­té le vice-pré­sident du FN, Steeve Briois, maire d’Hé­ninBeau­mont. Brouillé avec sa fille, Jean-Ma­rie Le Pen a ce­pen­dant en­voyé une pique à la can­di­date fron­tiste, au slo­gan de « La France apai­sée » , alors que M. Trump mul­ti­pliait les dé­cla­ra­tions to­ni­truantes : « Ça va prou­ver une chose, que la dé­dia­bo­li­sa­tion est une fou­taise et une im­passe. »

Ré­ac­tions contras­tées à droite

La vic­toire de Trump a pris un re­lief par­ti­cu­lier en pleine pri­maire de la droite, mar­quée par le duel Jup­pé-Sar­ko­zy. L’an­cien chef de l’État, don­né bat­tu par le maire de Bor­deaux dans les son­dages mais qui pré­tend sen­tir mon­ter en sa fa­veur une « ma­jo­ri­té si­len­cieuse », a vu dans la vic­toire du­mil­liar­daire po­pu­liste « le re­fus d’une pen­sée unique » . Ce­lui qui fus­tige à l’en­vi « l’al­ter­nance molle » qu’in­car­ne­rait M. Jup­pé a aus­si ju­gé que dans ce nou­veau contexte di­plo­ma­tique, il n’y avait « pas de place pour l’im­puis­sance, la fai­blesse et le re­non­ce­ment » . À une di­zaine de jours du pre­mier tour de la pre­mière pri­maire de l’his­toire de la droite fran­çaise (20 no­vembre), clin d’oeil au sys­tème élec­to­ral amé­ri­cain, les sar­ko­zystes voient en outre dans la dé­faite de la fa­vo­rite Hilla­ry Clin­ton un signe en­cou­ra­geant. « La vic­toire de M. Trump rap­pelle qu’en dé­mo­cra­tie un pré­sident est élu et pas choi­si par les mé­dias et les son­deurs » , a ré­agi le porte-pa­role de Ni­co­las Sar­ko­zy, Eric Ciot­ti. M. Jup­pé, pré­sen­té par ses ad­ver­saires comme le can­di­dat des mé­dias et du « sys­tème » , a mis en garde en re­tour les Fran­çais contre « tous les risques que la dé­ma­go­gie et l’ex­tré­misme font cou­rir à la dé­mo­cra­tie et le ca­rac­tère vi­tal des choix qu’ils ont à faire » . Dans le camp jup­péiste, on ré­fute éga­le­ment la com­pa­rai­son entre le fa­vo­ri des son­dages pour la pri­maire, ins­tal­lé dans le pay­sage po­li­tique fran­çais de­puis plu­sieurs dé­cen­nies, et Hilla­ry Clin­ton, la mal-ai­mée. « Clin­ton, elle avait un pro­blème éthique avec le peuple. Jup­pé a jus­te­ment une image de res­pon­sa­bi­li­té, de pré­si­den­tia­li­sa­tion, ça n’a rien à voir avec Hilla­ry Clin­ton qui était très contes­tée » , s’est ras­su­ré Jean-Pierre Raf­fa­rin, sou­tien du maire de Bor­deaux.

La gauche in­quiète

La vic­toire de Do­nald Trump consti­tue un élec­tro­choc à gau- che, à la­quelle est pro­mise une éli­mi­na­tion dès le pre­mier tour de la pré­si­den­tielle. Mar­di soir, de­vant une cen­taine de dé­pu­tés so­cia­listes, le pré­sident de la Ré­pu­blique avait dé­jà sou­li­gné la « grande res­pon­sa­bi­li­té » de la gauche face à l’ex­trême droite. Dans une al­lo­cu­tion so­len­nelle mer­cre­di, le chef de l’État, pour qui la vic­toire de Trump « ouvre une pé­riode d’in­cer­ti­tude » , a ap­pe­lé à « trou­ver les ré­ponses », qui « sont en nous » , aux « peurs » qui au­raient abou­ti à l’élec­tion amé­ri­caine. Seul sa­lut pos­sible pour la gauche: le ras­sem­ble­ment. « La gauche est pré­ve­nue! Conti­nuons nos en­fan­tillages ir­res­pon­sables et ça se­ra Ma­rine Le Pen », a mis en garde le pre­mier se­cré­taire du PS Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis, tan­dis que la porte-pa­role du par­ti, Co­rinne Na­ras­si­guin, ap­pe­lait les pos­sibles can­di­dats à la pré­si­den­tielle Jean-Luc Mé­len­chon, Em­ma­nuel Ma­cron et Yan­nick Ja­dot à « re­joindre le pri­maire » de gauche pour abou­tir à un can­di­dat unique. Ces ap­pels à l’uni­té em­prunts d’une forme de « culpa­bi­li­sa­tion » ont dé­plu à gauche de la gauche. « T’as vrai­ment rien com­pris au film » , a ré­pli­quéàM. Cam­ba­dé­lis le se­cré­taire na­tio­nal d’EE-LV Da­vid Cor­mand. Pas de ral­lie­ment à es­pé­rer non plus du cô­té de Jean-Luc Mé­len­chon, pour qui « les pri­maires sont une ma­chine à mu­se­ler l’éner­gie po­pu­laire ».

Ma­rine Le Pen, Fran­çois Hol­lande, Ni­co­las Sar­ko­zy.

(Pho­tos AFP et MaxPPP)

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