« Il faut ar­rê­ter de se di­reque ça n’ar­ri­ve­ra pas chez­nous »

Monaco-Matin - - Elections Américaines - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CH­RIS­TOPHE CIRONE cci­rone@ni­cema­tin.fr

Emi­lie Souy­ri est maî­trede confé­ren­cee­né­tudes éta­su­niennes à l’uni­ver­si­té Nice-So­phia An­ti­po­lis. Elle brosse un pa­ral­lè­leentre la si­tua­tion en Fran­ceet aux Etats-Unis, pour ten­ter de me­su­rer l’im­pact de l’élec­tion de Trumpde ce cô­té-ci de l’At­lan­tique.

Trump pré­sident, quel peut être l’im­pact en France? Le ré­sul­tat in­at­ten­dude ces élec­tions tra­duit bien une ten­dance mon­diale au re­jet de la po­li­tique ac­tuelle et d’une cer­taine idéo­lo­gie li­bé­rale, dans la­quelle beau­coup se sentent lais­sés­pour-compte. Des deux cô­tés de l’At­lan­tique, on ob­serve une li­bé­ra­tionde la pa­role face au ra­cisme, à la xé­no­pho­bie, à la­mi­so­gy­nie.

Les ex­trêmes ont donc le vent en poupe en France com­meaux Etats-Unis? Des pa­ral­lèles se des­sinent. Si l’ex­trê­me­droi­te­pro­gresse en France, c’est parce qu’une par­tie de la po­pu­la­tionne se sent pas écou­tée par des élites à leurs yeux pri­vi­lé­giées, dé­con­nec­tées de la réa­li­té. Et de gauche ou de droite, les ex­trêmes se re­joignent. Tout le monde en­apris pour son grade du­rant l’élec­tion amé­ri­caine. Et onest sus­cep­tible de tom­ber dans les mêmes amal­games en France si on­ne­prend pas la me­su­rede ce­dé­sar­roi.

La co­lè­redes peuples prend-elle ses ra­cines dans un même ter­reau, comme la crise éco­no­mique? On peut cher­cher des causes éco­no­miques, oui. D’une ma­niè­re­gé­né­rale, plus les in­éga­li­tés se creusent, plus ce­la crée de la frus­tra­tion et de l’in­sa­tis­fac­tion. Des études de psy­cho­logues cog­ni­ti­vistes montrent que, quand les gens sont pres­sés par l’an­goisse d’ar­ri­ver à la fin du mois, ils font des choix beau­coup plus dic­tés par l’émo­tion que par la rai­son. Quand le pa­tron de Wal­mart gagne plus de mille fois le sa­laire de base, ce­la pro­voque un dé­cro­chage avec les sa­la­riés.

Avec Trump pré­sident, Ma­rine Le Pen se sent pous­ser des ailes pour … Scé­na­rio plau­sible? Tout le monde di­sait que le Brexit ne se pro­dui­rait pas, que Trump ne ga­gne­rait pas, et pour­tant c’est ar­ri­vé! Il faut ar­rê­ter de se voi­ler la face et de se dire: « Ça n’ar­ri­ve­ra ja­mais chez

nous » . La­dy­na­mique Trump est très si­mi­laire à celle du FN. Ils ont bien com­pris ce sen­ti­ment de dé­clas­se­ment et iden­ti­fié le bouc émis­saire. Les grands ac­cords de libre-échange donnent l’im­pres­siond’une grosse ma­chine qui ne tient pas comp­tede la réa­li­tédes pe­tites gens, l’ubé­ri­sa­tion gé­nè­reune flexi­bi­li­té au dé­tri­ment des em­ployés… Com­bi­né au sen­ti­ment fa­ci­lede xé­no­pho­bie, ce­la of­freun­bou­le­vard aux ex­trêmes.

Cet­teé­lec­tion peut-elle ser­vir d’élec­tro­choc? Mar­tin Lu­ther King avait dit, àune époque dé­jà dure et trou­blée: « Il n’yaque dans l’obs­cu­ri­té que l’on peut voir

les étoiles. » On ne peut donc pas se per­mettre de déses­pé­rer! Il faut que les gens puissent se re­con­naître dans un mes­sa­ge­po­si­tif, qui les in­clut. Si­non, on va­droit dans le mur.

(DR)

Emi­lie Souy­ri, maître de confé­rences à l’uni­ver­si­té Nice-So­phiaAn­ti­po­lis.

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