ÀMo­na­co, «la tris­tesse » des ex­pa­triés amé­ri­cains

Dé­cep­tion, ré­si­gna­tion, in­quié­tude ou ex­pec­ta­tive... Sen­ti­ments mê­lés chez les Amé­ri­cains de la Prin­ci­pau­té après la vic­toire des Ré­pu­bli­cains, même si la dé­cep­tion do­mine lar­ge­ment

Monaco-Matin - - Elections Américaines - NI­CO­LAS HAS­SON- FAU­RÉ nhas­son@ni­cema­tin.fr

Quand Cris­ti­na Cor­so se couche, mar­di soir, elle s’en­dort avec « une es­pé­rance » : as­sis­ter à l’élec­tion d’Hilla­ry Clin­ton. Quand la consul­tante amé­ri­caine de 50 ans, qui vit sur la Côte d’Azur de­puis vingt-neuf ans et ré­side à Mo­na­co de­puis une di­zaine d’an­nées se ré­veille, elle at­trape son iPad. Et là, c’est « le choc » : Do­nald Trump a ob­te­nu 268 votes de grands élec­teurs sur les 270 né­ces­saires pour pou­voir s’as­seoir dans le Bu­reau Ovale. Quelques heures plus tard, elle est « ré­si­gnée » , « triste » . Le sen­ti­ment sur­nage chez les ex­pa­triés amé­ri­cains de Mo­na­co et d’ailleurs. Mar­di, lors de la tra­di­tion­nelle soi­rée de sui­vi des élec­tions amé­ri­caines au Stars’N’Bars, ex­pat’ et cu­rieux avaient d’ailleurs choi­si Hilla­ry Clin­ton, lors d’un vote fic­tif.

La « longue jour­née »

Juste après les ré­sul­tats du vote, Cris­ti­na Cor­so sait qu’une « longue jour­née » l’at­tend. « J’ai éteint la té­lé­vi­sion, la ra­dio, Fa­ce­book, dit-elle. Je ne veux pas me re­mettre de­dans, ça me dé­prime. J’at­tends un peu » . Mais quand elle évoque le su­jet du pre­sident elect, dif­fi­cile de l’ar­rê­ter. Les in- Mar­di soir, ex­pa­triés amé­ri­cains ou cu­rieux se sont ras­sem­blés au Stars’N’Bars, lors de la tra­di­tion­nelle soi­rée de sui­vi des élec­tions.

quié­tudes sont trop fortes. Sur l’éco­no­mie, la ré­ac­tion des mar­chés, la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine qui s’est ré­jouie du ré­sul­tat du scru­tin, le scep­ti­cisme de Trump sur le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique… « Le monde en­tier at­tend de voir

ce qu’il va faire », souf­flet-elle avec une pe­tite voix. La pre­mière prise de pa­role du Ré­pu­bli­cain ne l’a pas vrai­ment ras­su­rée. « Comme d’ha­bi­tude, c’était dé­nué de toutes choses concrètes » , ba­laye Cris­ti­na Cor­so.

Se­lon elle, « l’hu­ma­ni­té est en train de perdre le nord » . Parce que la vic­toire de Trump pour­rait, peut-être, ou­vrir la voie à d’autres chan­ge­ments po­li­tiques ra­di­caux, après le Brexit. Elle re­garde vers les pro­chaines élec­tions en Alle-

magne ou en France, par exemple. « Je pense que Ma­rine Le Pen peut bé­né­fi­cier » du vote, avance- telle. Anne De­wez, 64 ans dont 20 àMo­na­co, res­sent de la « tris­tesse » . « Le mes­sage qu’on en­voie à nos en­fants, c’est qu’on peut élire quel­qu’un qui n’a pas de sens mo­ral » , lâche-t-elle. La re­trai­tée est « bou­le­ver­sée, parce que le sys­tème n’a pas pu pro­duire de meilleurs can­di­dats » que les re­pré­sen­tants des par­tis conser­va­teur et pro­gres­siste.

« Wait and see »

Et même si Anne De­wez ne se ré­jouit pas de la vic­toire de Trump, elle veut quand même po­si­ti­ver : « On a be­soin d’un pro­gramme comme le WPA (N.D.L.R. : grand pro­gramme de tra­vaux pu­blics lan­cé dans le cadre du New Deal), pour construire des in­fra­struc­tures et de créer de l’em­ploi » , dit- elle. Comme le fu­tur pré­sident va « se concen­trer sur les pro­blèmes do­mes­tiques » , « vient du monde du bâ­ti­ment » et « re­cherche l’ap­pro­ba­tion du pu­blic » , elle pense qu’il se pen­che­ra sur le pro­blème, et « c’est bien » , veut-elle croire. D’au­tant que le par­ti Ré­pu­bli­cain va contrô­ler et la Mai­son Blanche et le Con­grès, pointe Anne De­wez. Reste que Trump est « im­pré­vi­sible » . Le mil­liar­daire souffre de « trouble de la per­son­na­li­té nar­cis­sique ». Alors, elle ne veut pas trop s’avan­cer. « Wait and see. Ce qu’on pré­dit n’ar­ri­ve­ra pro­ba­ble­ment pas » .

(Pho­to Jean-Fran­çois Ot­to­nel­lo)

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