Tu­nis-Nice : il­ma­ni­pule la porte de se­cour­sau­dé­col­lage

Monaco-Matin - - Côte D’azur - CH­RIS­TOPHE PERRIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Un Tu­ni­sien de 40 ans, Habib Je­day, chauf­feur poids lourd qui par­tage sa vie entre Nice et Tu­nis, est soup­çon­né d’avoir ten­té d’ou­vrir la porte d’un avion en phase de dé­col­lage, mar­di, lors d’un vol de Tu­ni­sair. Le dé­part de Tu­nis était pré­vu à 8h50 et l’ar­ri­vée à Nice à 10h20. L’in­di­vi­du s’était dé­jà fait re­mar­quer dans la salle d’em­bar­que­ment par son com­por­te­ment agi­té. Il prend place sur le siège 10 A, àcô­té d’une porte de se­cours. Ma­rouane, 19 ans, un pas­sa­ger ins­tal­lé juste der­rière, est in­tri­gué: «Il ou­vrait et fer­mait vio­lem­ment la ta­blette, ta­pait du point sur le hu­blot » , ra­conte le jeune pas­sa­ger qui in­ter­pelle Habib Je­day quand ce­lui se met à ma­ni­pu­ler le cache de la porte de se­cours. Le com­man­dant de bord, aus­si­tôt aler­té par un signal lu­mi­neux, aver­tit le chef de ca­bine d’un pro­blème sur la porte. Pen­dant ce temps, le ton monte entre les deux pas­sa- gers, les in­sultes fusent. « Il m’a mis un coup-de-poing au men­ton, j’ai ré­pli­qué » , ra­conte Ma­rouane qui re­vit « une scène ir­réelle, comme dans un film » .

Trois ans de pri­son

Fi­na­le­ment, le per­son­nel de bord isole le pas­sa­ger à l’étrange com­por­te­ment. Le com­man­dant de­bord songe un mo­ment à fai­re­de­mi-tour mais dé­cide de pour­suivre sa route. À l’ar­ri­vée à l’aé­ro­port deNice, Habib Je­dayest pla­cé en garde à vue dans les lo­caux de la po­lice aux fron­tières. Ni de­vant les po­li­ciers ni de­vant les­ma­gis­trats, hier soir, dans le cadre d’une com­pa­ru­tion im­mé­diate, il a re­con­nu les faits. Il ad­met fi­na­le­ment avoir tou­ché le ca­chede la­porte de se­cours « mais uni­que­ment pour com­prendre comment ça fonctionne Ma­dame le juge. Ils ont fa­bri­qué cette pro­cé­dure avec Tu­ni­sair mais je n’ai rien fait » , as­sure le pré­ve­nu. « Tout ce qu’ils ra­content, ce n’est pas vrai. Comme si j’étais un ter­ro­riste... Je suis en France de­puis 2000. » « C’est vous qui em­ployez le mot Mon­sieur, ob­serve la pré- si­dente du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel, An­nie Ber­gou­gnous. Nous, nous ne di­sons pas ça ». Me Riadh Jai­dan, con­seil de la com­pa­gnie aé­rienne, es­ti­meque l’in­di­vi­du « a clai­re­ment mis en dan­ger la vie d’une cen­taine de pas­sa­gers ». Le pro­cu­reur Ma­rie-Eve Pa­rant re­quiert trois ans de pri­son dans un dos­sier « dé­ran­geant avec un per­son­nage in­quié­tant » . « Il a pris l’avion 200 fois, pour­quoi cette fois teste-t-il la porte? » Me Di­dier Ber­ga­mi­ni, pour la dé­fense, re­grette qu’il n’y ait pas eu d’ex­per­tise psy­chia­trique de son client. Le tri­bu­nal a sui­vi les ré­qui­si­tions en condam­nant Habib Je­day à trois ans de pri­sonàexé­cu­ter im­mé­dia­te­ment. Dix ans d’in­ter­dic­tion de sé­jour en ré­gion Paca sont éga­le­ment pro­non­cés à son en­contre. Ma­rouane ob­tient 4000 de dom­mages et in­té­rêts. La com­pa­gnie aé­rienne10000€ aux­quels il faut ajou­ter 810€ pour le re­tard oc­ca­sion­né.

(Pho­to C. P.)

Me Jai­dane, pour la com­pa­gnie Tu­ni­sair et Ma­rouane, le pas­sa­ger qui est in­ter­ve­nu.

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