Al­ler sur Mars pour en ap­pren­dre­plus sur la Terre

El­len Sto­fan, res­pon­sable scien­ti­fique de la NASA, a don­né une confé­rence à Mo­na­co sur le rôle des femmes dans la science et l’ex­plo­ra­tion spa­tiale. Et évo­qué les ap­pli­ca­tions concrètes de ces mis­sions

Monaco-Matin - - Monaco - PROPOS RE­CUEILLIS PAR NI­CO­LAS HASSON-FAU­RÉ nhas­son@ni­ce­ma­tin.fr

Avant, c’était un rêve. À l’ho­ri­zon 2030, ce­la pour­rait de­ve­nir une réa­li­té. El­len Sto­fan, res­pon­sable scien­ti­fique de la NASA, est ve­nue par­ler de l’ex­plo­ra­tion de Mars par des hu­mains à Mo­na­co, jeu­di soir. Elle a aus­si évo­qué le rôle des femmes dans la science. La confé­rence s’est dé­rou­lée­dans le cadre de la pro­jec­tion du film « The Last Man On The Moon », qui res­ti­tue l’his­toire d’Eu­gene Cer­nan, le der­nier homme à avoir fou­lé le sol de la Lune. Des échanges ont sui­vi. Ob­jec­tif: « Es­sayer d’ame­ner la nou­velle gé­né­ra­tion à s’in­té­res­ser à la science et à tout ce qui touche à l’ex­plo­ra­tion spa­tiale » , ex­plique Ma­guy Mac­ca­rio Doyle, l’am­bas­sa­deur de Mo­na­co aux ÉtatsU­nis et au Canada, qui a or­ga­ni­sé cet évé­ne­ment ( 1). Et puis « ins­pi­rer » , « mo­ti­ver » . El­len Sto­fan tient le même dis­cours. Se­lon elle, les voyages vers la pla­nète rouge per­met­tront l’ap­pa­ri­tion d’une « gé­né­ra­tion Mars » , mar­quée par la « cu­rio­si­té » ou « l’es­poir » . C’est l’une des consé­quences de l’ex­plo­ra­tion spa­tiale, ex­plique-t-elle. Parce qu’au fond, il est sur­tout ques­tion d’en ap­prendre plus sur nous, la Ter­reet son his­toire. No­tam­ment pour sa­voir comment faire face au ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, « notre plus gros dé­fi » .

Ba­rack Oba­ma a dé­voi­lé son plan pour en­voyer des hu­mains sur la pla­nète rouge; l’Eu­ro­pea­mis en place la­mis­sion ExoMars, qui doit y en­voyer un ro­bot… Quels sont les enjeux der­rière l’ex­plo­ra­tion de Mars? D’abord, il y a la na­ture hu­maine. On veut sa­voir ce qu’il y a der­rière la montagne, la col­line… On peut en­voyer des ro­bots mais il n’y a pas de fac­teur hu­main. Le té­moi­gnage est très im­por­tant. En­suite, quand un pays se lance dans un pro­jet très dif­fi­cile, il dé­ve­loppe sa tech­no­lo­gie, son in­no­va­tion. Je ne peux pas vous lis­ter toutes les ap­pli­ca­tions qu’ont eues les re­cherches de la NASA. L’an­ti­buée sur les­masques

de ski, les ai­lettes à la fin des ailes d’avions… sont des tech­no­lo­gies qui viennent de la NASA. Et puis in­ves­tir dans une éco­no­mie, une so­cié­té, ce­la per­met au pays d’avan­cer. En­fin, nous pen­sons que la vie sur Mars a évo­lué à peu près au même mo­ment que sur Terre. C’est pro­ba­ble­ment des mi­crobes, ce qui est beau­coup moins ex­ci­tant que des pe­tits hommes verts. Mais ce qu’on veut vrai­ment sa­voir, c’est si étu­dier cette vie va mieux nous per­mettre de com­prendre la nôtre.

Au fond, il s’agit donc d’en

ap­prendre plus sur nous… La ques­tion re­vient tou­jours, à la NASAou pour moi, en tant que scien­ti­fique : quelle est l’his­toire de la Terre et de sa vie, quel est son des­tin? C’est pour ce­la qu’on s’in­ves­tit au­tant, à la NASA, pour étu­dier cette pla­nète. Parce qu’on en re­vient à la seule pla­nète sur la­quelle on peut vivre.

Pour­tant, ce tra­vail semble être en dif­fi­cul­té. No­tam­ment en Eu­rope où le pro­gramme ExoMars pour­rait souf­frir d’un manque de fi­nan­ce­ment… Y a-t-il une réelle vo­lon­té? Je donne des conférences par­tout dans le monde. En Al­le­magne, on s’est ex­pri­més dans une uni­ver­si­té, un ven­dre­di après-mi­di. Pas vrai­ment le meilleur mo­ment… Il y

avait plus de­mille étu­diants. Et une autre salle était pleine. Mais on sait qu’au­cun pays ne peut al­ler sur Mars seul. Per­sonne n’a le bud­get. On sait que les cer­veaux ne sont pas tous dans un­même pays. C’est un consor­tium in­ter­na­tio­nal, avec des agences spa­tiales, des en­tre­prises pri­vées… Les pays comme Mo­na­co, qui n’ont pas d’agence spa­tiale, peuvent-ils par­ti­ci­per aus­si à cette ex­plo­ra­tion? Il y a les prin­ci­paux par­te­naires de la Sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale, comme l’Agence spa­tiale eu­ro­péenne, le Ja­pon, le Canada, la Rus­sie, les ÉtatsU­nis… Mais plus de  pays ont me­né des ex­pé­riences dans la sta­tion. On la voit comme un la­bo­ra­toire in­ter­na­tio­nal. On touche beau­coup plus de monde que les par­te­naires prin­ci­paux. Ce­la per­met de mo­ti­ver les en­fants de Mo­na­co, d’Afrique du Sud, des Phi­lip­pines… On leur per­met d’avoir le même ni­veau d’ac­cès à ce sa­voir que des en­fants amé­ri­cains ou russes. Je pense que c’est très im­por­tant. Qui sait d’où vien­dra le pro­chain Ein­stein?

Vous évo­quez aus­si le rôle des femmes dans la science. Quel mes­sage faites-vous pas­ser? On ne peut pas igno­rer la moi­tié de la po­pu­la­tion.Les études ont mon­tré que les filles sont aus­si bonnes en sciences ou en maths que les gar­çons. Elles sont juste dé­cou­ra­gées, à beau­coup de ni­veaux. Les femmes ont tou­jours été là, mais leurs his­toires ont été igno­rées. Comme Ka­the­rine John­son, une ma­thé­ma­ti­cienne de la NASA au dé­but des an­nées . Elle cal­cu­lait des tra­jec­toires pour pou­voir en­voyer des gens dans l’es­pace. Ka­the­rine John­sonElle était afroa­mé­ri­caine. C’est un hé­ros et per­sonne n’a en­ten­du par­ler d’elle. Et des gens étaient en réunion avec elle et lui di­saient: « Vous de­vriez re­tour­ner dans la pièce où il y a toutes les femmes. » Et elle a dit non, ma place est ici. Donc le mes­sage, c’est que vous de­vez avoir as­sez de confiance en vous, ou en avoir l’air, pour dire: « Non, j’ai le droit d’être là, vous de­vez m’écou­ter. »

Qui sait d’où vien­dra le pro­chain Ein­stein ? ” Les filles sont aus­si bonnes en sciences que les gar­çons ”

(Photo Mi­chael Ale­si)

El­len Sto­fan, res­pon­sable scien­ti­fique de la NASA (à gauche), et Ma­guy Mac­ca­rio Doyle, l’am­bas­sa­deur de Mo­na­co aux États-Unis et au Canada, qui a or­ga­ni­sé la confé­rence.

(© Em­bas­sy of Mo­na­co Wa­shing­ton D.C.)

El­len Sto­fan a don­né sa confé­rence dans le cadre d’une soi­rée où a été pro­je­té le film « The Last Man On The Moon ».

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