Dé­né­ga­tions

Au coeur d’une des plus grosses af­faires po­li­ti­co-ju­di­ciaire de la Côte d’Azur, ju­gée de­puis hier à Mar­seille, les pro­mo­teurs de la tour Odéon à Mo­na­co ont ré­fu­té toute cor­rup­tion

Monaco-Matin - - La Une - ERIC GALLIANO egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr

C’est quand même quelque chose d’énorme le chan­tier de la tour Odéon » , in­siste Ch­ris­tine Mée. En ce pre­mier jour d’au­dience, la­ma­gis­tra­te­qui pré­side la sixième chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Mar­seille semble pour­tant avoir un peu de mal à en prendre toute la me­sure. El­leé­nu­mère les di­men­sions hors normes de ce buil­ding mo­né­gasque qui, avant même la pose de son pre­mier par­paing, s’est re­trou­vé en 2009 au coeur d’une vaste af­faire po­li­ti­co­fi­nan­cière: « 170 mètres de haut, 49 étages… Et des de­vis de construc­tion al­lant de 250000 à 370000 eu­ros… » Lap­sus. Un mur­mure par­court im­mé­dia­te­ment la salle: « Mil­lions! » , rec­ti­fient d’une même voie les avo­cats des onze pré­ve­nus pour­sui­vis dans cette af­faire. Paolo et Claudio Marzocco, les pro­mo­teurs de la tour Odéon ne font d’ailleurs pas mys­tè­rede l’en­jeu fi­nan­cier de ce pro­jet im­mo­bi­lier en plein coeurde la Prin­ci­pau­té. « C’était des mois dif­fi­ciles » , « je tra­vaillais tous les jours jus­qu’à mi­nuit » , « je me di­sais si on n’y ar­rive pas je suis rui­né » , ex­plique à la barre, Claudio, l’aî­né des Marzocco. Alors, pour mettre un peu d’huile dans les rouages et dé­blo­quer quelques pro­blèmes les frères Marzocco, pour­sui­vis pour « cor­rup­tion ac­tive » ont-ils suc­com­bé à la fa­ci­li­té et dis­tri­bué « des en­ve­loppes » ? C’est l’un des en­jeux de ce pro­cès qui vient de s’ou­vrir et qui doit du­rer quinze jours.

« Nous n’avons ja­mais payé au­cun élu »

Hier, Paolo et Claudio Mar­zoc­coont été les pre­miers à de­voir s’ex­pli­quer à la­barre du tri­bu­nal. Et tous deux l’af­firment: ils n’ont « ja­mais cor­rom­pu per­sonne » . Pas plus di­rec­te­ment, qu’in­di­rec­te­ment au tra­vers de leur « ami de 20 ans » Ange-Ro­méo Al­ber­ti. Cet en­tre­pre­neur ita­lo-mo­né­gasque que tout le monde ap­pelle « Li­no » est l’homme clé de ce dos­sier. C’est chez lui, ou plus exac­te­ment chez sa com­pagne Chan­tal Grun­dig, la riche hé­ri­tiè­rede l’équi­pe­men­tier al­le­mand, que les en­quê­teurs pensent avoir mis la main sur un vé­ri­table pacte de cor­rup­tion. Dans un cof­fre­ca­ché dans le dres­sing de la villa de Ro­que­brune se trou­vait un do­cu­ment fai­sant men­tion­de­dix points bien pré­cis. Ce­la va de l’ob­ten­tion d’une au­to­ri­sa­tion de pas­sage des ca­mions du chan­tier Odéon sur la com­mune de Beau­so­leil à l’aban­don par cette même com­mune de ses droits­de­préemp­tion sur les ter­rains convoi­tés par les pro­mo­teurs mo­né­gasques, en pas­sant par l’as­su­rance

que Beau­so­leil, tou­jours, ne dé­po­se­ra pas de re­cours contre le per­mis de construire de la tour. Pour ce­la, le maire de cette com­mune fron­ta­lière de Mo­na­co au­rait tou­ché au moins 65000 eu­ros en li­quide. L’in­té­res­sé, Gé­rard Spi­nel­li, écoute stoïque. Vien­dra son tour de ré--

fu­ter, comme il l’a tou­jours fait, de telles al­lé­ga­tions. Pour le mo­ment ce sont les frères Marzocco qui s’en chargent: « Nous n’avons ja­mais payé au­cun élu, pas plus Gé­rard Spi­nel­li » , mar­tèle Claudio. Pas seule­ment par prin­cipe mo­ral. Mais, « parce que c’était in­utile. Ce

pro­jet était 100 % Mo­né­gasque. Nous n’avions pas be­soin de Beau­so­leil. » Leurs avo­cats, no­tam­ment Me Eric Du­pond-Mo­ret­ti et Luc Bros­sol­let, s’em­ploient d’ailleurs à en faire la dé­mons­tra­tion ma­té­rielle. À dé­faut d’avoir ob­te­nu, en amont, l’an­nu­la­tion pure et sim­ple­du­ren­voi de leurs clients (ci-des­sous).

Au tour de Li­no Al­ber­ti

Les Marzocco ré­futent tout pacte de cor­rup­tion. Ils re­con­naissent qu’il y a bien une pro­po­si­tion in­dé­cente mais qu’elle n’éma­nait pas d’eux. Ce se­rait Li­no Al­ber­ti qui au­rait ré­di­gé lui-même cette liste de course qui les au­rait d’ailleurs mis mal à l’aise. Claudio Marzocco af­firme avoir dé­cli­né la pro­po­si­tion en « àpeine 20 mi­nutes » lors d’un ren­dez­vous dans le hall d’un pa­lace mo­né­gasque. Ce qui ne l’a pas em­pê­ché, mal­gré tout, de fai­reap­pel à son vieil ami dans les se­maines qui ont sui­vi. Li­no Al­ber­ti a même re­çu en re­tour une com­mis­sion de 250000 eu­ros en re­tour. « Mais c’était pour faire bais­ser les de­vis de Vin­ci, pas pour payer M. Spi­nel­li » , as­surent en choeur les frères Marzocco. Ce n’est pour­tant pas la ver­sion li­vrée par « Li­no ». Du coup le pro­cu­reur de la ré­pu­blique Lu­do­vic Le­clerc se de­mande bien l’in­té­rêt que pour­rait bien avoir ce­lui-ci à s’ac­cu­ser ain­si: « Qu’a-t-il de plus à y ga­gner qu’à y perdre? » , lance-t-ilà Claudio Marzocco qui ré­torque, la­co­ni­que­ment: « Il faut le de­man­der à M. Al­ber­ti. » Et c’est bien ce que le tri­bu­nal en­tend faire dès au­jourd’hui.

Les pro­mo­teurs de la tour Odéon à Mo­na­co ont ré­fu­té, hier lors du pre­mier jour d’au­dien­ceàMar­seille, plu­sieurs ac­cu­sa­tions de cor­rup­tion. Gé­rard Spi­nel­li (au centre), maire de Beau­so­leil, nie être im­pli­qué dans­cet énorme dos­sier­po­li­ti­co-ju­di­ciaire.

(Pho­tos Franz Cha­va­roche)

Claudio et Paolo Marzocco, les pro­mo­teurs mo­né­gasques de la tour Odéon, à leur ar­ri­vée au tri­bu­nal.

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