Monaco-Matin

Elle meurt écrasée par son fauteuil roulant à l’Ehpad

Le 7 août, Nicole, 85 ans, a basculé dans le jardin d’une maison de retraite de Sa fille accuse l’établissem­ent de « négligence grave, voire d’homicide involontai­re »

- LAURE BRUYAS lbruyas@nicematin.fr

C’est une fille qui veut comprendre comment sa mère est morte. Une fille en deuil. Une fille qui accuse.

Le 7 août, Nicole Bunoust, 85 ans, a été écrasée par son fauteuil roulant dans le jardin de la maison de retraite Orpea Corniche fleurie à Nice-Ouest.

Sa fille, Laurence, a déposé plainte contre l’établissem­ent. Elle parle de « négligence grave, voire d’homicide involontai­re ».

Ce jour-là, raconte-t-elle, « la maison de retraite m’a appelée vers 19 heures pour savoir si j’avais sorti ma mère de l’établissem­ent pour le dîner. En fait, ils l’avaient perdue… Quand je suis arrivée sur place, vers 19 h 30, ils m’ont annoncé son décès : elle avait basculé dans une restanque avec son fauteuil électrique ».

  euros par mois

La tristesse, infinie, le dispute à la colère, sourde : « Ma mère avait les deux jambes paralysées et était en fauteuil depuis vingt ans. Elle savait s’en servir. Elle venait d’avoir une petite-fille qu’elle adorait ! Je la pensais en sécurité dans cette maison, surtout au vu des presque 4 000 euros que nous payons chaque mois ! »

Deux questions tordent et taraudent Laurence Bunoust : « Comment ma mère a-t-elle pu accéder à cet endroit théoriquem­ent fermé aux résidents ? ». Et : « Depuis quand avait-elle disparu sans que le personnel ne s’en aperçoive ? »

Elle s’est ouverte de ces doutes aux policiers.

« Selon le directeur, la dernière fois qu’ils l’ont vue, c’était vers 16 heures, au goûter dans la salle commune. Après, ils se sont aperçus de son absence vers 18 h 15 car elle n’était pas descendue dîner. C’est là qu’ils ont commencé à la chercher », récapitule Laurence.

Elle s’interroge : « Ma mère ne sortait que très peu dans le jardin. Un jardin encadré par deux portillons, du type de ceux que l’on voit dans les aires de jeux d’enfants. S’ils avaient été fermés, ma mère n’aurait pas pu les ouvrir et les franchir : elle n’avait qu’un bras valide, le droit, dont elle se servait pour diriger son fauteuil. Les portillons devaient être ouverts… Elle s’est engagée sur un sentier étroit. Son fauteuil a buté contre la bordure et elle a basculé… »

« Un manquement »

Laurence « n’en veut pas au directeur de la maison de retraite : ce n’est pas de sa faute, si on ne lui donne pas les moyens d’embaucher, s’ils sont en sous-effectifs. » Mais elle en veut « au groupe Orpea qui ne (lui) a même pas envoyé un mot de condoléanc­es ».

Son avocat, Me Thibault Pozzo di Borgo, confirme : « Quand on confie nos aînés à un groupe comme Orpea ou de cette envergure, on a droit en retour à la garantie d’une bonne prise en charge et du respect des obligation­s Interrogé, le directeur de la maison de retraite reconnaît, par mail, « un accident grave le  août (...), puisqu’une résidente en est malheureus­ement décédée. Nous renouvelon­s nos plus sincères condoléanc­es à sa famille et ses proches, avec qui nous avons encore échangé il y a dix jours pour leur faire part de notre disponibil­ité et de notre écoute pour toute aide que nous pourrions leur apporter. »

« La résidente, en fauteuil mais autonome, était sortie dans le jardin en fin de journée. (...) Elle était tout à fait libre de se déplacer dans l’enceinte de l’établissem­ent, conforméme­nt au projet de vie

de vigilance et de sécurité. Le simple fait que cet accident soit survenu témoigne des manquement­s à ces obligation­s. L’enquête pénale en cours révélera probableme­nt défini en concertati­on avec l’ensemble de l’équipe soignante. »

Il poursuit : « Ce jour- là, pour une raison que nous n’expliquons pas, elle s’est éloignée et a emprunté un accès sécurisé par un portillon, pourtant identifié comme étant réservé au personnel. Sur ce chemin, la résidente a chuté avec son fauteuil de manière accidentel­le, en butant sur un trottoir, comme cela a été constaté par les services de secours et la police sur place. La psychologu­e était venue (...) le soir même apporter soutien et réconfort à la famille et aux équipes, bouleversé­es ».

« Un accident grave », pour la maison de retraite

la gravité et la nature de ces manquement­s », tempête le conseil de Laurence Bunoust.

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Nicole Bunoust,   ans, souffrait de poliomyéli­te depuis l’âge de   ans et était en fauteuil depuis vingt ans. (DR)

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