Lo­la Ka­ri­mo­va, une fille de dic­ta­teur en eaux troubles

Très gla­mour, la fille ca­dette de l’an­cien pré­sident ouz­bek est de­ve­nue ri­chis­sime grâce à un trouble bu­si­ness d’im­port-ex­port. Des do­cu­ments in­édits dé­voilent un cir­cuit de si­phon­nage de fonds, ba­sé sur des tran­sac­tions fic­tives, qui passe aus­si par la S

Le Temps - - La une - COL­LA­BO­RA­TION: SYL­VAIN BES­SON YANN PHI­LIP­PIN (ME­DIA­PART) ET MI­CHAEL BIRD (THE BLACK SEA)

Pour mar­quer de son em­preinte le der­nier Fes­ti­val de Cannes, Lo­la Ka­ri­mo­va-Tillyae­va a sor­ti son car­net de chèques. Le 22 mai, la fille de l'an­cien dic­ta­teur ouz­bek Is­lam Ka­ri­mov a pri­va­ti­sé le Club by Al­bane, le plus ex­clu­sif du fes­ti­val, pour as­su­rer la pro­mo de sa marque de par­fums The Har­mo­nist. L'oc­ca­sion de re­mettre le pre­mier prix The Har­mo­nist Ex­cel­lence Award à l'ac­trice Ju­liette Bi­noche sous les flashs des pho­to­graphes. Au pro­gramme: cock­tail sous les étoiles, dî­ner «sen­teurs d'har­mo­nie» et concert pri­vé de Seal pour les 102 in­vi­tés triés sur le vo­let, dont Ca­the­rine De­neuve, Kris­tin Scott Tho­mas, Pa­me­la An­der­son et Sa­my Na­ce­ri.

Il est sur­pre­nant que des stars de ce ca­libre posent avec une fille de dic­ta­teur, fût-elle par­fu­meuse. Mais Lo­la Ka­ri­mo­va sait user d'ar­gu­ments son­nants et tré­bu­chants. Se­lon nos in­for­ma­tions, plu­sieurs in­vi­tés ont été ré­mu­né­rés pour par­ti­ci­per à ses soi­rées can­noises, dont Ju­liette Bi­noche et Ca­the­rine De­neuve. L'agent en re­la­tions pu­bliques des deux ac­trices a in­di­qué qu'elles ne connais­saient pas Lo­la Ka­ri­mo­va, et qu'elles igno­raient qu'elle pos­sé­dait la mai­son de par­fum or­ga­ni­sant la soi­rée. Les autres per­son­na­li­tés ne nous ont pas ré­pon­du.

Coupe de cham­pagne à la main, ces stars n'ont pas vu ma­lice à mettre en va­leur Lo­la Ka­ri­mo­va, fille ca­dette et gar­dienne zé­lée de l'image de son père Is­lam Ka­ri­mov. Dé­cé­dé en sep­tembre 2016, il a ré­gné pen­dant vingt-cinq ans sur l'Ouz­bé­kis­tan, ré­pu­blique ex-so­vié­tique d'Asie cen­trale, entre ré­pres­sion san­glante, tor­tures et mu­se­lage de la presse.

Par­ty girl

Con­tac­té, l'avo­cat amé­ri­cain du couple, Mark F. Ray­mond, es­time que ces in­for­ma­tions sont «sans fon­de­ment»: «Les en­tre­prises de M. Tillyaev sont lé­gales et lé­gi­times et ne se sont ja­mais en­ga­gées dans des ac­ti­vi­tés illé­gales.» Il dit être «con­vain­cu» que nos do­cu­ments ont été «vo­lés ou fa­bri­qués» par un an­cien consul­tant en conflit avec Ti­mur Tillyaev, «non fiable et qui a été dis­cré­di­té».

La pre­mière trace connue de Lo­la Ka­ri­mo­va est un câble di­plo­ma­tique amé­ri­cain de 2004, dé­voi­lé par Wi­kiLeaks. Il ra­conte qu'à 26 ans, la fille ca­dette du pré­sident était une par­ty girl qui bu­vait beau­coup et «dan­sait li­bre­ment» jus­qu'au bout de la nuit en com­pa­gnie de son fu­tur ma­ri, Ti­mur Tillyaev. Un homme «au look de voyou», pro­prié­taire de bars et de res­tau­rants dans la ca­pi­tale ouz­bèke, pour­suit le câble di­plo­ma­tique.

Dès 2006, Lo­la Ka­ri­mo­va s'ins­talle briè­ve­ment à Ri­ga, Pa­ris, puis Ge­nève, dans une mai­son ache­tée 30 mil­lions d'eu­ros en 2010. Trois ans plus tard, Ti­mur et Lo­la s'offrent une pro­prié­té à en­vi­ron 50 mil­lions de dol­lars à Be­ver­ly Hills, le quar­tier des stars d'Hollywood.

Dans un ré­cent ar­ticle de Va­ni­ty Fair, Lo­la Ka­ri­mo­va ra­conte qu'elle par­tage dé­sor­mais sa vie entre Los An­geles et Pa­ris, où est ba­sée sa marque de par­fums et où elle siège comme am­bas­sa­drice d'Ouz­bé­kis­tan à l'Unesco de­puis 2008. Lo­la Ka­ri­mo­va a aus­si une fon­da­tion, You Are Not Alone, qui sou­tient les or­phe­lins ouz­beks.

Gar­dienne de la ré­pu­ta­tion de son père, elle a aus­si créé la Fon­da­tion Is­lam Ka­ri­mov, des­ti­née à «per­pé­tuer la mé­moire et les prin­cipes» de l'ex-pré­sident. Pour mar­quer son pa­trio­tisme, elle a pro­duit un do­cu­men­taire sur l'as­tro­logue ouz­bek Ulugh Beg, pour le­quel elle a em­bau­ché comme nar­ra­teur l'ac­teur Vincent Cas­sel.

Lo­la Ka­ri­mo­va s'est te­nue à dis­tance de sa fan­tasque soeur aî­née Gul­na­ra, pour­sui­vie pour cor­rup­tion et blan­chi­ment dans au moins cinq pays (dont la Suisse) pour avoir tou­ché 340 mil­lions de dol­lars de pots-de-vin lors de l'at­tri­bu­tion de li­cences de té­lé­pho­nie mo­bile.

Pour ex­pli­quer son im­mense for­tune, Lo­la Ka­ri­mo­va se borne à dé­cla­rer, dans la même in­ter­view, que son ma­ri «est ac­tion­naire d'une so­cié­té de trans­port et de né­goce». Se­lon nos in­for­ma­tions, la prin­ci­pale source de ri­chesse du couple vient d'Abu Sa­hiy, un im­mense mar­ché de gros de 25 hec­tares. Fon­dé en mars 2006 par Ti­mur Tillyaev, après le dé­but de son idylle avec Lo­la, Abu Sa­hiy s'est im­po­sé comme le plus im­por­tant de Ta­chkent.

Se­lon deux mé­dias d'op­po­si­tion au ré­gime, le suc­cès d'Abu Sa­hiy re­po­se­rait sur un pri­vi­lège fis­cal non of­fi­ciel: les mar­chan­dises qui y dé­barquent échap­pe­raient aux droits de douane pro­hi­bi­tifs du pays, ce qui les rend moins chères. Une ac­cu­sa­tion éga­le­ment for­mu­lée par Gul­na­ra Ka­ri­mo­va. Dans une in­ter­view au jour­nal turc Hür­riyet, la soeur de Lo­la es­ti­mait qu'Abu Sa­hiy «n'a[vait] au­cune obli­ga­tion de ver­ser des taxes» et rap­por­tait «en­vi­ron 20 mil­lions de dol­lars de chiffre d'af­faires par mois», soit 240 mil­lions par an, à Ti­mur Tillyaev.

«M. Tillyaev n'a pas ob­te­nu cette po­si­tion grâce à l'in­fluence de sa femme ou de son beau-père», as­sure son avo­cat amé­ri­cain, Mark Ray­mond. Il in­dique que la «po­si­tion de lea­der d'Abu Sa­hiy» et ses prix moins éle­vés s'ex­pliquent par l'ef­fi­ca­ci­té de l'en­tre­prise, qui offre de meilleurs ser­vices que ses concur­rents. «L'en­tre­prise res­pecte toutes les lois, y com­pris le paie­ment des im­pôts et taxes», et «n'a ja­mais bé­né­fi­cié de pri­vi­lèges doua­niers ou d'exemp­tions fis­cales», se­lon l'avo­cat.

Lo­la et son ma­ri ont mis en place un sys­tème opaque qui per­met de trans­fé­rer de l'ar­gent d'Abu Sa­hiy vers des pa­ra­dis fis­caux. Dé­but 2013, Ti­mur Tillyaev crée à Du­baï la so­cié­té Se­cur­trade, dont il est l'unique ac­tion­naire. Ses re­le­vés ban­caires de 2013 et 2014 in­diquent que la so­cié­té a réa­li­sé, sur cette pé­riode, au moins 127 mil­lions de dol­lars de pro­fits pour 151 mil­lions de re­ve­nus. Soit une marge nette hal­lu­ci­nante de 85%, a prio­ri im­pos­sible à at­teindre pour des pro­duits aus­si ba­nals que des té­lé­vi­seurs ou des vê­te­ments ve­nus de Chine ou de Turquie.

Une par­tie de cet ar­gent a fi­nan­cé les ac­ti­vi­tés et dé­penses per­son­nelles du couple. Le solde, 113 mil­lions de dol­lars, a été ré­par­ti sur des comptes ban­caires à Du­baï, Abu Dha­bi, et, à hau­teur de 20 mil­lions de dol­lars, sur un compte à la banque suisse Von­to­bel.

Quel est le se­cret de cette ren­ta­bi­li­té? Se­cur­trade vend beau­coup de pro­duits, mais n'en achète qua­si­ment pas. Dans ses comptes an­nuels, elle af­firme avoir ache­té 92 mil­lions de dol­lars de pro­duits, mais pré­cise avoir ac­cu­mu­lé 79 mil­lions de dettes en­vers ses four­nis­seurs. En clair, la so­cié­té n'a payé que 13 mil­lions de dol­lars sur les 92 mil­lions de mar­chan­dises qu'elle dit avoir ache­tées, ce qui fait pla­ner un doute sur la réa­li­té de ces tran­sac­tions. L'avo­cat du couple n'a pas sou­hai­té ré­pondre sur ce point, se conten­tant d'in­di­quer que les comptes de Se­cur­trade sont sin­cères.

La so­cié­té vend la qua­si-to­ta­li­té de ses pro­duits à des co­quilles off­shore sans bu­reaux ni sa­la­riés. Les­quelles re­vendent les mêmes pro­duits à d'autres so­cié­tés-écrans ba­sées en Ecosse, qui les re­vendent aux com­mer­çants d'Abu Sa­hiy. Ceux-ci achètent aus­si leurs mar­chan­dises à d'autres en­tre­prises de né­goce en Suisse ou aux Emi­rats arabes unis.

L'une d'entre elles, Ti­tan Tra­ders, s'est don­né beau­coup de mal pour soi­gner sa fa­çade du centre de Lu­cerne. A l'étage, elle a sa propre porte avec sa plaque. Mais en réa­li­té, il s'agit des lo­caux d'une fi­du­ciaire, aux­quels on ac­cède par la porte d'à cô­té.

Ti­tan ap­par­tient à Pa­trick Gruhn, homme d'af­faires mul­ti­carte qui se pré­sente au­jourd'hui comme un ges­tion­naire de for­tune. Il re­con­naît connaître Ti­mur Tillyaev, mais jure qu'il a eu l'idée seul de se lan­cer dans le com­merce avec l'Ouz­bé­kis­tan. En réa­li­té, il com­merce ex­clu­si­ve­ment avec Se­cur­trade et son tra­vail consiste sur­tout à si­gner contrats et fac­tures, en échange de com­mis­sions qui se chiffrent en cen­taines de mil­liers d'eu­ros. Pa­trick Gruhn a aus­si prê­té, via Ti­tan Tra­ders, 350 000 eu­ros à la so­cié­té fran­çaise qui gère la bou­tique pa­ri­sienne The Har­mo­nist, la marque de par­fums de Lo­la Ka­ri­mo­va. Il as­sure que le prêt a été in­té­gra­le­ment rem­bour­sé. Un porte-pa­role de Ti­tan ajoute que la so­cié­té est en som­meil de­puis en­vi­ron deux ans.

L'avo­cat de Ti­mur Tillyaev in­dique que ce re­cours à des so­cié­tés in­ter­mé­diaires est une pra­tique «saine, pru­dente et lé­gi­time», «très ré­pan­due dans des en­tre­prises du monde en­tier». Il ajoute que l'ac­ti­vi­té de Se­cur­trade a été va­li­dée par de nom­breux au­dits ex­ternes, qu'il ne nous a tou­te­fois pas four­nis.

Tran­sac­tions sus­pectes

Nos do­cu­ments ré­vèlent plu­sieurs séries de tran­sac­tions pro­blé­ma­tiques. En no­vembre 2013, Se­cur­trade achète cinq lots de vê­te­ments à un ex­por­ta­teur chi­nois, Xin­jiang Bor­ta­la. Se­cur­trade les re­vend pour 9 mil­lions de dol­lars à la so­cié­té suisse Ti­tan Tra­ders, qui les re­vend à la so­cié­té-écran écos­saise Five Star.

Les do­cu­ments ob­te­nus par l'EIC jettent un sé­rieux doute sur la réa­li­té de cet échange. Ti­tan re­vend les vê­te­ments avant même de les avoir ache­tés. Les fac­tures émises par le four­nis­seur chi­nois à Se­cur­trade ne com­portent ni en-tête de la so­cié­té, ni si­gna­ture. L'une d'entre elles a ma­ni­fes­te­ment été an­ti­da­tée puis­qu'elle men­tionne la re­vente des mêmes pro­duits par Se­cur­trade à Ti­tan, qui a en fait eu lieu quinze jours plus tard.

Les do­cu­ments de trans­port posent eux aus­si pro­blème. Ils ont le tam­pon de la douane ouz­bèke, alors qu'ils n'ont pas été rem­plis cor­rec­te­ment: la plu­part des champs, pour­tant obli­ga­toires, ont été lais­sés en blanc. Et on re­trouve les mêmes ano­ma­lies dans une se­conde sé­rie de tran­sac­tions.

Ti­mur Tillyaev n'a pas sou­hai­té s'ex­pli­quer sur ces exemples pré­cis. Son avo­cat af­firme tou­te­fois que Se­cur­trade réa­lise uni­que­ment des «tran­sac­tions lé­gi­times et lé­gales de mar­chan­dises réelles». «Sous ré­serve que des do­cu­ments non fal­si­fiés de la so­cié­té soient sus­cep­tibles de mettre au jour des er­reurs sur cer­taines […] tran­sac­tions, nous re­con­nais­sons qu'au­cune so­cié­té n'est par­faite à 100%, et nous ne pré­ten­dons pas que Se­cur­trade est une ex­cep­tion», ajoute Mark Ray­mond.

Pots-de-vin

Les ac­ti­vi­tés de Ti­mur Tillyaev aux Emi­rats arabes unis ont dé­jà at­ti­ré les soup­çons des au­to­ri­tés. En 2014, une so­cié­té de la ga­laxie du ma­ri de Lo­la Ka­ri­mo­va, Silk Road Car­go, a vu son di­rec­teur, Alek­sey Yaits­kiy, ar­rê­té et pla­cé en dé­ten­tion pour cor­rup­tion à Du­baï, pour avoir pro­po­sé 100 000 eu­ros de pots-de-vin à un of­fi­ciel de l'Emi­rat. L'avo­cat de Ti­mur Tillyaev in­dique que Yaits­kiy «n'a pas agi au nom de la so­cié­té» et qu'il a été im­mé­dia­te­ment li­cen­cié. L'in­té­res­sé a été nom­mé dans la fou­lée chef du bu­reau d'Uz­be­kis­tan Air­ways à Londres et in­dique sur Lin­kedIn être tou­jours «conseiller» de Silk Road.

Se­lon nos in­for­ma­tions, Alek­sey Yaits­kiy et sur­tout le pa­tron opé­ra­tion­nel de Se­cur­trade, Alim­be­kov Do­vro­bek, sont d'an­ciens col­la­bo­ra­teurs du plus im­por­tant par­rain

«M. Tillyaev n’a pas ob­te­nu cette po­si­tion grâce à l’in­fluence de sa femme ou de son beau-père» MARK RAY­MOND, AVO­CAT DU MA­RI DE LO­LA KA­RI­MO­VA

ouz­bek, Sa­lim Ab­du­va­liyev, dit «Sa­lim­boy». Agé de 67 ans, ce­lui-ci est dé­crit comme un «chef ma­fieux» dans un câble di­plo­ma­tique amé­ri­cain pu­blié par Wi­kiLeaks. Très proche de l'an­cien dic­ta­teur Is­lam Ka­ri­mov, il est soup­çon­né d'être l'homme qui su­per­vise les pots-de­vin ver­sés par cer­tains in­ves­tis­seurs étran­gers pour ob­te­nir des mar­chés en Ouz­bé­kis­tan.

Ti­mur Tillyaev as­sure igno­rer que deux de ses ma­na­gers, dont son plus proche col­la­bo­ra­teur, tra­vaillaient pour ce chef ma­fieux. Il ajoute n'avoir «au­cune re­la­tion pro­fes­sion­nelle ou per­son­nelle avec Sa­lim Ab­du­va­liyev».

Lo­la Ka­ri­mo­va et son ma­ri af­firment qu'ils dé­clarent l'en­semble de leurs ac­tifs au fisc et paient leurs im­pôts dans leur pays de ré­si­dence. Mais sur le plan po­li­tique, le vent est peut-être en train de tour­ner. Le 8 sep­tembre 2016, moins d'une se­maine après la mort d'Is­lam Ka­ri­mov, le jour­nal ouz­bek UzMe­tro­nom écri­vait que les au­to­ri­tés ont lan­cé une ins­pec­tion du mar­ché d'Abu Sa­hiy, por­tant no­tam­ment sur des soup­çons de fraude fis­cale. Se­lon le site d'in­for­ma­tion Fer­gha­na News, cette opération vi­se­rait à pré­pa­rer le trans­fert de la cash ma­chine d'Abu Sa­hiy à deux gendres du nou­veau dic­ta­teur ouz­bek, Shav­kat Mir­ziyoyev.

L'avo­cat de Ti­mur Tillyaev ré­pond qu'il n'a «pas été in­for­mé» d'une éven­tuelle ins­pec­tion et que son client dé­tient tou­jours 100% d'Abu Sa­hiy «plus d'un an après la mort de son beau-père». Il y voit la preuve que «ses ac­ti­vi­tés n'ont bé­né­fi­cié d'au­cune pro­tec­tion de sa fa­mille ou du gou­ver­ne­ment».

(STÉPHANE CAR­DI­NALE – CORBIS/CORBIS VIA GETTY IMAGES)

Lo­la Ka­ri­mo­va et Ti­mur Tillyaev lors du der­nier Fes­ti­val de Cannes.

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