Ju­ra: une agres­sion at­tise la haine

Le Temps - - Conversation - OLI­VIER PER­RIN @oli­vier­per­rin

Un jeune Noir qui vio­lente un jeune Blanc, et la haine qui enfle sur Fa­ce­book. Une vi­déo pu­bliée sur un fait di­vers a dû être re­ti­rée du ré­seau après que la po­lice s’en est mê­lée. Les ai­greurs n’en ont que re­dou­blé

«Me­naces de re­pré­sailles, ap­pels à la haine ra­ciale, in­jures… C’est le genre de com­men­taires qui ont fleu­ri sur Fa­ce­book, mar­di soir, après la dif­fu­sion et le par­tage d’une vi­déo» fil­mée par smart­phone qui montre une agres­sion en gare de Delémont. Un film pu­blié par la mère de la vic­time, as­sor­ti d’un com­men­taire stig­ma­ti­sant les étran­gers, lit-on dans 20 mi­nutes: un jeune Blanc in­sul­té puis «mal­me­né, pous­sé à terre et in­ti­mi­dé par un Noir, sous les rires d’un groupe de per­sonnes qui filment la scène avant que la vic­time ne quitte les lieux, seule». Mêmes in­fos sur le site de la RTS, sous la plume de son jour­na­liste Gaël Klein, dont la col­lègue Ma­ga­li Phi­lip, spé­cia­liste des ré­seaux so­ciaux, pu­blie dans la fou­lée une pho­to du post sur Twit­ter.

In­utile, à ce stade, de pré­ci­ser que les ré­ac­tions se sont évi­dem­ment fo­ca­li­sées «sur la cou­leur de peau de l’au­teur de l’agres­sion». De­vant l’in­fla­tion des vues, com­men­taires et par­tages du do­cu­ment, qui se comptent par di­zaines de mil­liers, la vi­déo a été sup­pri­mée sur le con­seil de la po­lice can­to­nale. Qui ajoute: «Si de nou­veaux com­men­taires ap­pe­lant à la haine, aux re­pré­sailles ou en­core me­na­çant ou in­ju­riant des per­sonnes de­vaient ap­pa­raître, le Mi­nis­tère pu­blic, conjoin­te­ment avec la po­lice, en­ta­me­ra les pour­suites pé­nales né­ces­saires à faire cesser ces agis­se­ments.»

Mais comme presque tou­jours dans ce genre de cas, la «cen­sure» de conte­nus ju­gés ré­pré­hen­sibles su les ré­seaux s’avère contre-pro­duc­tive et fait en­fler la po­lé­mique. «Ce n’est qu’un exemple par­mi d’autres. Com­ment pou­vons-nous ac­cep­ter ce­la?» s’in­dignent @LEDOUAISIEN sur Twit­ter et le site LesOb­ser­va­teurs.ch: «Voi­là com­ment nos jeunes sont trai­tés par des Afri­cains.» Et la­dite vi­déo, confirme 20 mi­nutes, conti­nue «de cir­cu­ler, lar­ge­ment re­layée par des pages Fa­ce­book ou des sites d’ex­trême droite» ex­ci­tés par le com­mu­ni­qué de po­lice… éga­le­ment pu­blié sur Fa­ce­book. Re­be­lote: les aver­tis­se­ments de la po­lice ju­ras­sienne s’at­tirent les foudres de cer­tains in­ter­nautes, où se glissent quelques trolls russes par­ti­cu­liè­re­ment in­sul­tants pour les «Oc­ci­den­taux». D’autres com­men­taires s’avèrent tout aus­si vio­lents, ce qui ajoute une nou­velle couche d’in­to­lé­rance sur le fait di­vers.

Sur sa page Fa­ce­book cette fois, donc hors an­tenne, Gaël Klein se lâche: tout ce­la dé­montre, «à en vo­mir, les propos que le genre hu­main est ca­pable de gé­né­rer contre l’étran­ger en gé­né­ral, et le ré­fu­gié en par­ti­cu­lier. […] Edi­fiant et écoeu­rant à la fois. On au­ra pu aus­si consta­ter l’ab­sence to­tale de mo­dé­ra­tion, hor­mis celle ten­tée par quelques rares in­tré­pides qui ont osé s’éle­ver contre la vin­dicte po­pu­laire et le lyn­chage gra­tuit. […] «La preuve du pire, c’est la foule», écri­vait Sé­nèque, lui qui au­rait vou­lu que l’hu­ma­ni­té soit en har­mo­nie avec son environnement quo­ti­dien. Il ne connais­sait pour­tant pas en­core Fa­ce­book.»

Un in­ter­naute lui ré­pond: «J’ai été dans les pre­miers à lire la pu­bli­ca­tion et j’ai vite com­pris que ça al­lait dans tous les sens et que le trou­peau al­lait suivre. La masse, pas d’es­prit d’ana­lyse. […] C’est ça, les ré­seaux so­ciaux.» Et le dé­bat se pour­suit aus­si avec les com­men­taires adres­sés aux Ob­ser­va­teurs.ch, comme ce­lui-ci: «A voir cette vi­déo, on se de­mande si elle ne mé­rite pas de consti­tuer dé­sor­mais une source fac­tuelle in­ef­fa­çable, per­met­tant de dé­mon­trer à tout le monde que l’Afrique semble en me­sure de ve­nir so­cia­li­ser l’Eu­rope ain­si que l’Oc­ci­dent en y trans­for­mant son sys­tème édu­ca­tif et de lois avec un tout autre rap­port au res­pect de la vie hu­maine et à sa di­gni­té…» L’aver­tis­se­ment est clair.

Une al­ter­ca­tion qui dé­marre sous un pré­texte fu­tile, et une dé­fer­lante qui en­va­hit les ré­seaux so­ciaux.

(CAP­TURE D’ÉCRAN/FA­CE­BOOK)

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