Fré­quen­ta­tion

Le Temps - - Temps fort - LT COL­LA­BO­RA­TION: LISBETH KOUTCHOUMOFF ARMAN

277 000 vi­si­teurs en 2016, en hausse par rap­port à 2015. cé­lé­rer sa mise en ré­seau avec les scènes fran­çaises et al­le­mandes. «Les édi­teurs alé­ma­niques ont tou­jours une pré­sence im­por­tante à Franc­fort. Le fé­dé­ra­lisme de la Suisse et de l’Al­le­magne per­met des im­bri­ca­tions beau­coup plus grandes entre les mar­chés du livre al­le­mand et alé­ma­nique. Et la taille du mar­ché outre-Sa­rine fa­ci­lite l’in­té­gra­tion des pro­duc­tions alé­ma­niques dans le cir­cuit al­le­mand. Ce qui n’est pas le cas entre les mar­chés ro­mand et fran­çais. Les pro­fes­sion­nels ro­mands butent sou­vent contre le mur de l’hy­per-cen­tra­lisme pa­ri­sien. Une oc­ca­sion comme Franc­fort 2017 est à sai­sir pour for­ger des liens sur le long terme.»

Fran­cine Bou­chet, di­rec­trice de La Joie de lire, qui fête ses 30 ans cette an­née, compte deux de ses au­teurs par­mi la dé­lé­ga­tion d’au­teurs: Al­ber­tine et Ger­ma­no Zul­lo, stars mul­ti­pri­mées de la lit­té­ra­ture jeu­nesse. Tout comme Adrienne Bar­man dont la Drôle d’en­cy­clo­pé­die a été tra­duite dans 13 langues. «A Franc­fort, nous avons 100 ren­dez-vous en quatre jours, à rai­son d’un ren­dez-vous toutes les de­mi-heures», glisse Fran­cine Bou­chet. Mais que l’on ne se trompe pas: ces suc­cès de­meurent fra­giles, sou­mis aux aléas d’un mar­ché in­ter­na­tio­nal très ver­sa­tile.

Caroline Cou­tau, des Editions Zoé, fait le voyage sur­tout pour ren­con­trer ses col­lègues édi­teurs fran­çais et al­le­mands. «Par­fois, nous construi­sons des com­pa­gnon­nages par e-mails sans ja­mais nous voir pen­dant plu­sieurs an­nées. Franc­fort per­met de scel­ler de fortes ami­tiés pro­fes­sion­nelles, pri­mor­diales pour cons­truire des par­te­na­riats sur le long terme.»

Vague d’eu­pho­rie

Cô­té al­le­mand, la lit­té­ra­ture en fran­çais bé­né­fi­cie d’une vague fa­vo­rable qui frise l’eu­pho­rie, se­lon cer­tains com­men­ta­teurs. Iris Ra­disch, cri­tique littéraire en vue en Al­le­magne, a écrit un livre qui s’in­ti­tule so­bre­ment Pour­quoi les Fran­çais écrivent de si bons livres. Isa­bel Kups­ki, res­pon­sable de col­lec­tion pour la mai­son d’édi­tion S. Fi­scher: «On constate en ef­fet une hausse d’in­té­rêt pour la lit­té­ra­ture fran­co­phone qui a re­pris des cou­leurs de­puis quelques an­nées. Nous avons même en­ga­gé un «scout», une per­sonne à Pa­ris qui, un peu comme un es­pion, sonde le mi­lieu et nous en­voie chaque se­maine un rap­port avec des pro­po­si­tions d’au­teurs à tra­duire. Nous avons ain­si ac­quis les droits de tra­duc­tion d’Edouard Louis, à qui je pré­dis une très grande car­rière.»

Pour Mar­tin Hil­scher, res­pon­sable du do­maine lit­té­ra­ture et fic­tion pour la pres­ti­gieuse mai­son C.H. Beck, «la lit­té­ra­ture fran­co­phone n’a pas be­soin de la vi­trine de la foire, car elle trou­ve­ra tou­jours une cou­ver­ture mé­dia­tique en Al­le­magne». Les édi­teurs al­le­mands sou­lignent la ri­chesse d’une France mul­ti­cul­tu­relle dont les au­teurs pro­duisent des livres plus dé­com­plexés, plus sen­suels. On semble re­gret­ter ici un manque d’im­per­ti­nence de la part des au­teurs ger­ma­no­phones.

In­té­rêt pour les pe­tites mai­sons

La lit­té­ra­ture de Suisse ro­mande pro­fite de cet élan. Joël Di­cker est pu­blié de­puis 2016 chez Pi­per. Le Mi­lieu de l’ho­ri­zon de Ro­land Bu­ti s’est ven­du à 10000 exem­plaires dans sa tra­duc­tion al­le­mande. Pour les mai­sons d’édi­tion alé­ma­niques, la foire re­pré­sente aus­si un ren­dez-vous im­por­tant. Bri­git­ta Wett­stein, qui a fon­dé en 2009 à Zu­rich la mai­son d’édi­tion bi­lingue fran­çais-al­le­mand Pearl­book­se­di­tion, as­sure que Franc­fort est une op­por­tu­ni­té unique pour se faire connaître. Avec la sor­tie en al­le­mand du roman Per­mis C de l’au­teur lau­san­nois Jo­seph In­car­do­na, elle es­père «lan­cer de pe­tites pas­se­relles par-des­sus le Rös­ti­gra­ben». Même son de cloche chez l’édi­teur Ric­co Bil­ger, qui sort une de­mi-dou­zaine de ro­mans par an et pu­blie les tra­duc­tions d’Anne Cu­neo, de Quen­tin Mou­ron et de Ma­rieJeanne Urech: «Je me ré­jouis de voir que l’in­té­rêt pour les pe­tites mai­sons d’édi­tion in­dé­pen­dantes gran­dit.»

A l’heure du nu­mé­rique triom­phant, tous les pro­fes­sion­nels pré­sents le ré­pètent: rien ne rem­place les contacts di­rects. Thors­ten Ah­rend, de la mai­son al­le­mande Wall­stein, s’ap­prête à pu­blier L’In­fi­ni livre de Noëlle Re­vaz: «Si je n’avais pas été in­vi­té par Pro Hel­ve­tia à un fes­ti­val littéraire au Tes­sin, je n’au­rais pas eu l’oc­ca­sion de ren­con­trer l’au­teure et de dé­cou­vrir son uni­vers. C’est le pre­mier texte d’un écri­vain de Suisse ro­mande que nous pu­blions.»

Le conseiller fé­dé­ral Alain Ber­set et le di­rec­teur du Mu­sée in­ter­na­tio­nal de la Ré­forme, Ga­briel de Mont­mol­lin, de­vant une ré­plique de la presse de Gu­ten­berg, lors de l’inau­gu­ra­tion de la Foire de Franc­fort.

«Nous avons 100 ren­dez-vous en quatre jours» FRAN­CINE BOU­CHET, DI­REC­TRICE DE LA JOIE DE LIRE

(KEYS­TONE/PE­TER KLAUNZER)

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