Les 50 ans et plus, une op­por­tu­ni­té pour les en­tre­prises

Le Temps - - Carrières - ALAIN SALAMIN CHAR­GÉ DE COURS À HEC LAU­SANNE ET À L’IMD, FON­DA­TEUR D’AS-HR

La dis­cri­mi­na­tion en­vers les 50 ans et plus est très pré­sente dans le re­cru­te­ment et, de ma­nière sur­pre­nante, sou­vent to­lé­rée, voire même ac­cep­tée. Avec le ques­tion­ne­ment sur l’ave­nir de notre sys­tème de re­traite et le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, il faut trier le vrai du faux des pré­ju­gés as­so­ciés à l’âge.

a) non, les «vieux» ne sont pas moins mo­ti­vés. Les études dé­montrent que la mo­ti­va­tion et l’en­ga­ge­ment au tra­vail, ain­si que les sen­ti­ments d’au­to-ef­fi­ca­ci­té ne sont pas cor­ré­lés à l’âge.

b) Oui, les an­ciens ont une at­ti­tude lé­gè­re­ment plus né­ga­tive face au chan­ge­ment que les jeunes, mais la pos­ture en­vers l’in­no­va­tion, la prise de risques et les évo­lu­tions or­ga­ni­sa­tion­nelles ne sont pas liées à l’âge.

c) Oui, les an­ciens sont lé­gè­re­ment moins mo­ti­vés à ap­prendre et à par­ti­ci­per à des for­ma­tions, ce qui est d’ailleurs un avan­tage du point de vue des coûts.

d) Non, les plus âgés ne sont pas en moins bonne santé! Les me­sures ob­jec­tives et sub­jec­tives de bonne santé cou­plées aux don­nées d’ab­sen­téisme dé­montrent l’in­con­sis­tance de ce pré­ju­gé pour­tant co­riace.

e) Non, les plus an­ciens n’ont pas moins d’échanges avec leurs pairs, ni moins confiance en leur ma­na­ger, et ils n’ont pas plus de conflits que les plus jeunes.

f ) Oui, les se­niors sont plus chers que les ju­niors en rai­son de leur ex­pé­rience, et des sys­tèmes de pro­gres­sion sa­la­riale pri­vi­lé­giant sou­vent la sé­nio­ri­té. De plus, notre sys­tème de 2e pi­lier est dis­cri­mi­na­toire car liant les co­ti­sa­tions à l’âge.

La plu­part de ces sté­réo­types ne te­nant donc pas la route, de­man­dons-nous quels sont les avan­tages d’em­ployer des se­niors, et qui jus­ti­fient des coûts sa­la­riaux po­ten­tiel­le­ment plus éle­vés.

Le pre­mier, et le plus évident, est que les com­pé­tences et l’ex­pé­rience des an­ciens sont si­gni­fi­ca­ti­ve­ment plus im­por­tantes. Ce­la leur per­met de main­te­nir leur pro­duc­ti­vi­té et de com­pen­ser sou­vent lar­ge­ment les mo­di­fi­ca­tions phy­siques liées à l’âge.

Le deuxième avan­tage, bien do­cu­men­té, est un taux de ro­ta­tion si­gni­fi­ca­ti­ve­ment plus bas. En ef­fet, les per­sonnes plus an­ciennes sont plus loyales en­vers leur em­ployeur, soit par re­con­nais­sance, soit par prag­ma­tisme, car les chan­ge­ments de car­rière à un âge plus avan­cé sont plus pé­rilleux.

Un troi­sième ar­gu­ment tient à leur ca­pa­ci­té de faire ap­pli­quer les normes et stan­dards éthiques de l’en­tre­prise. Leur ex­pé­rience, cou­plée à leur cré­di­bi­li­té, rend en ef­fet l’ac­com­plis­se­ment d’ac­tions éthi­que­ment ré­pré­hen­sibles beau­coup moins évi­dentes. Ils jouent ain­si sou­vent un rôle ré­gu­la­teur dans les équipes.

En conclu­sion, les se­niors re­pré­sentent des res­sources très pré­cieuses pour toute en­tre­prise et nombre d’entre elles au­raient bon goût de s’en ins­pi­rer dans un contexte dé­mo­gra­phique où la main-d’oeuvre for­mée et com­pé­tente se­ra tou­jours plus rare.

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