L’ im­pé­ra­tif de bous­cu­ler les idées re­çues

La thé­ra­pie par la trans­plan­ta­tion d’organes en Tu­ni­sie connaît un vé­ri­table ma­rasme à cause de la ré­ti­cence de la po­pu­la­tion face au don d’organes, après dé­cès. Une donne qui de­vrait chan­ger, pour re­le­ver les dé­fis dans le sec­teur mé­di­cal et sa­ni­taire en

La Presse (Tunisia) - - LA UNE - M.S.

«La trans­plan­ta­tion d’organes est une thé­ra­peu­tique. Ce­ci est un fait scien­ti­fique que tout le monde doit ac­cep­ter et ad­mettre», a dé­cla­ré le doc­teur et Pro­fes­seur agré­gé Ta­har Gar­gah, lors de son al­lo­cu­tion d’ou­ver­ture de la confé­rence de presse or­ga­ni­sée par le Centre na­tio­nal pour la pro­mo­tion de la trans­plan­ta­tion d’organes (Cnp­to).

« La trans­plan­ta­tion des organes est une thé­ra­peu­tique. Ce­ci est un fait scien­ti­fique que tout le monde doit ac­cep­ter et ad­mettre», a dé­cla­ré le doc­teur et Pro­fes­seur agré­gé Ta­har Gar­gah, lors de son al­lo­cu­tion d’ou­ver­ture de la confé­rence de presse or­ga­ni­sée par le Centre na­tio­nal pour la pro­mo­tion de la trans­plan­ta­tion d’organes (Cnp­to). L’évè­ne­ment a eu lieu jeu­di 12 oc­tobre, en pré­sence de mé­de­cins du­dit centre, mis sur pied par sa di­rec­trice gé­né­rale Ra­fi­ka Bar­di et le doc­teur et chef de ser­vice pé­dia­trie à l’hô­pi­tal Charles Ni­cole Ta­har Gar­gah, et ce dans le but de pré­sen­ter l’état des lieux de la greffe d’organes en Tu­ni­sie.

Un cri du coeur

« La si­tua­tion est tra­gique. La mort est un fléau iné­luc­table qui af­flige les pa­tients» a re­le­vé Dr Gar­gah. Dans son in­ter­ven­tion, la di­rec­trice du Cnp­to, Dr Bar­di, a af­fir­mé qu’en Tu­ni­sie, il y a 9.500 ma­lades qui suivent un trai­te­ment par dia­lyse dont 1.400 en at­tente de greffe. S’ajoutent chaque an­née, 300 per­sonnes tan­dis que de 200 à 300 pa­tients dia­ly­sés dé­cèdent. An­nuel­le­ment, le centre re­cense 200 greffes in­dis­pen­sables à la sur­vie des pa­tients dont 100 hé­pa­tiques et 20 car­diaques. 1.300 greffes de la cor­née sont éga­le­ment né­ces­saires pour cou­vrir les be­soins des ma­lades. Par ailleurs, Dr Bar­di a sou­li­gné que la Tu­ni­sie re­gorge de com­pé- tences en ma­tière de trans­plan­ta­tion d’organes. En ef­fet, de­puis 1986, 1844 greffes ont été ef­fec­tuées, en Tu­ni­sie, dont 1.783 ré­nales, 18 car­diaques et 43 hé­pa­tiques. «Pour tous ceux qui ne savent pas ce que si­gni­fie la dia­lyse : c’est une opé­ra­tion af­freu­se­ment dou­lou­reuse qui consiste à épu­rer le sang qui cir­cule dans les veines, en de­hors du corps hu­main. La trans­plan­ta­tion des organes n’est pas un luxe, c’est une né­ces­si­té» , ré­vèle-t-elle, pour mettre l’ac­cent sur la souf­france in­fli­gée aux ma­lades lors de la dia­lyse.

Croyances fausses

Dans son ex­po­sé, la di­rec­trice du Cnp­to a ex­pli­qué que la ré­ti­cence, voire le re­fus de la masse, en Tu­ni­sie, du pré­lè­ve­ment d’organes post-mor­tem est la prin­ci­pale en­trave à l’es­sor du don d’organes. Elle a af­fir­mé que 22% seule­ment des gref­fons ont été pré­le­vés sur des dé­cé­dés par mort cé­ré­brale. Se­lon les études me­nées par le centre, c’est là où le bât blesse. Un son­dage sur « l’Opi­nion des Tu­ni­siens sur le don d’organes », réa­li­sé au cou­rant de l’an­née, a mon­tré que le taux de re­fus de don d’organes en Tu­ni­sie s’élève à 88% et que 73% des in­ter­ro­gés pensent qu’il y a un tra­fic d’organes. Ce qui illustre l’in­ci­dence des idées fausses an­crées dans l’in­cons­cient des Tu­ni­siens. «À mon sens, in­vo­quer la re­li­gion est quelque chose de dé­ri­soire. Le don d’organes sauve des vies. C’est un acte noble», dit-elle. Dr Ra­fi­ka Bar­di a, par ailleurs, af­fir­mé que le tra­fic d’organes n’est au­cu­ne­ment pas pos­sible en Tu­ni­sie. Et ce, grâce à la trans­pa­rence dans l’éta­blis­se­ment des listes d’at­tente de greffe. Elle a ex­pli­qué que l’in­for­ma­ti­sa­tion des cri­tères, qui sont, par ailleurs, fixés par un con­seil scien­ti­fique in­dé­pen­dant, ne laisse pla­ner au­cun doute sur la trans­pa­rence des opé­ra­tions de greffe d’organes en Tu­ni­sie. Elle a rap­pe­lé que les hô­pi­taux uni­ver­si­taires sont les uniques ins­ti­tu­tions sa­ni­taires ha­bi­li­tées à ef­fec­tuer le pré­lè­ve­ment et la greffe d’organes, ce qui re­pré­sente un autre gage de per­fec­tion­ne­ment et de trans­pa­rence du pro­ces­sus de la trans­plan­ta­tion des organes en Tu­ni­sie.

Vers une dé­cla­ra­tion préa­lable de re­fus

Sou­li­gnant le rôle cru­cial que joue le centre dans le dé­rou­le­ment de la greffe, la di­rec­trice a in­sis­té sur la mis­sion de ce der­nier, qui consiste non seule­ment à as­su­rer la co­or­di­na­tion entre les hô­pi­taux mais aus­si à ef­fec­tuer les ana­lyses im­mu­no­lo­giques et pré­ser­ver le gref­fon dans un état fonc­tion­nel, après un pré­lè­ve­ment sur un dé­cé­dé. «Une fois le pré­lè­ve­ment du gref­fon est ef­fec­tué sur un mort suite à un ar­rêt cé­ré­bral, une équipe mé­di­cale com­po­sée de 50 in­di­vi­dus s’en­gage dans une course contre la montre, pour pré­ser­ver le gref­fon et réus­sir la greffe. Celle-ci est constam­ment en état d’alerte 7j/7j et 24h/24h» dé­clare-t-elle. Afin de mieux cou­vrir les be­soins des pa­tients, le centre tra­vaille ac­tuel­le­ment à l’éla­bo­ra­tion d’une nou­velle me­sure qui consiste à éta­blir un re­gistre na­tio­nal de re­fus du don d’organes. C’est une liste qui énu­mère les per­sonnes ex­pri­mant, de leur vi­vant, leur re­fus préa­lable de faire don de leurs organes après leur dé­cès. « C’est la meilleure so­lu­tion pour se pas­ser de la consul­ta­tion des fa­milles des dé­funts pour le consen­te­ment du pré­lè­ve­ment d’organes, lais­sant le choix du re­fus du don d’or­gane à la per­sonne con­cer­née de son vi­vant» a fait sa­voir Dr Bar­di.

In­vo­quer la re­li­gion est quelque chose de dé­ri­soire. Le don d’organes sauve des vies. C’est un acte noble

La ré­ti­cence, voire le re­fus de la masse, du pré­lè­ve­ment d’organes post-mor­tem est la prin­ci­pale en­trave à l’es­sor du don d’organes Les hô­pi­taux uni­ver­si­taires sont les uniques ins­ti­tu­tions sa­ni­taires ha­bi­li­tées à ef­fec­tuer le pré­lè­ve­ment et la greffe d’organes, ce qui re­pré­sente un autre gage de per­fec­tion­ne­ment et de trans­pa­rence du pro­ces­sus de la trans­plan­ta­tion des organes en Tu­ni­sie

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