Do­nald Trump en dif­fi­cul­té face à l’élec­to­rat fé­mi­nin

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Pour Do­nald Trump, le mois d’oc­tobre dé­bute sous de mau­vais aus­pices. Le 1er oc­tobre, le New York Times ré­vé­lait que le can­di­dat a réus­si à évi­ter de payer l’im­pôt fé­dé­ral. Comme si ce­la ne suf­fi­sait pas, le ré­pu­bli­cain doit gé­rer les dé­gâts de sa sor­tie contre Ali­cia Ma­cha­do, an­cienne Miss Uni­vers qu’il a af­fu­blée de sur­noms déso­bli­geants, comme « Miss Pig­gy », « Miss femme de chambre », avant de se fo­ca­li­ser sur son pro­blème de poids : des pro­pos qui le mettent en porte-à-faux face à deux ca­té­go­ries d’élec­teurs, les la­ti­nos et les femmes. De­puis le dé­but de la cam­pagne, Do­nald Trump souffre d’une image dé­gra­dée au sein de l’élec­to­rat fé­mi­nin, qui re­pré­sente en­vi­ron 52 % des vo­tants. Se­lon une sé­rie de son­dages du mois de mars ci­tée par Po­li­ti­co, la part de femmes ayant une opi­nion dé­fa­vo­rable ou né­ga­tive du can­di­dat est constante : elles sont 65 % se­lon un son­dage Fox News, 67 % d’après l’uni­ver­si­té de Quin­ni­piac, 74 % se­lon un son­dage CNN-ORC, et 74 % d’après ABC News-wa­shing­ton Post.

Pen­dant les pri­maires, le can­di­dat a joué la carte du « mâle do­mi­nant ». D’abord, aux dé­pens de ses ri­vaux au sein du Par­ti ré­pu­bli­cain pen­dant la pri­maire : il a évo­qué le manque d’éner­gie de Jeb Bush, a af­fu­blé Mar­co Ru­bio du so­bri­quet de « Lit­tle Mar­co ». Mais l’es­sen­tiel de sa « verve » s’est exer­cé à l’en­contre des femmes, comme l’at­testent les flo­ri­lèges de ses re­marques équi­voques com­pi­lés par Po­li­ti­co (à par­tir de la ving­tième ci­ta­tion), le Huf­fing­ton Post, le Telegraph ou Cos­mo­po­li­tan.

Dé­cri­vant la pré­sen­ta­trice ve­dette de Fox News, Me­gyn Kel­ly, qui l’avait re­çue sur la chaîne, il com­men­tait en août 2015 : « Elle avait les yeux in­jec­tés de sang, du sang qui sor­tait d’elle de par­tout. » Un pro­pos in­ter­pré­té comme une ré­fé­rence à ses règles ; ce que Do­nald Trump a dé­men­ti. Il a pour­sui­vi de sa hargne l’hu­mo­riste Ro­sie O’don­nell et a mo­qué l’ap­pa­rence phy­sique d’une de ses ri­vales de la pri­maire ré­pu­bli­caine, Car­ly Fio­ri­na, en lan­çant : « Re­gar­dez­moi ce vi­sage. Qui vo­te­rait pour ça ?! » Sa mu­fle­rie ne connais­sant au­cune li­mite, il a ri­di­cu­li­sé sur Twit­ter la femme de son ad­ver­saire Ted Cruz.

Il est aus­si ac­cu­sé de dis­cri­mi­na­tion dans son golf de Ran­cho Pa­los Verdes, en Ca­li­for­nie. Le mil­liar­daire ne vou­lant que des em­ployées au phy­sique at­trayant pour as­su­rer le ser­vice au res­tau­rant de l’éta­blis­se­ment, d’an­ciennes sa­la­riées ont lan­cé en 2012 une plainte col­lec­tive contre le club de golf, rap­porte le Los An­geles Times. Pen­dant le pre­mier dé­bat de la cam­pagne, lun­di 26 sep­tembre, face à Hilla­ry Clin­ton, Do­nald Trump n’a ces­sé de cou­per la pa­role à son ad­ver­saire, qui a su gar­der son calme, mal­gré le ca­rac­tère sexiste de cette pra­tique (on parle de « man­ter­rup­ting »). « J’al­lais l’at­ta­quer sur les femmes de son ma­ri. Puis j’ai dé­ci­dé qu’il va­lait mieux ne pas le faire parce que sa fille [Chel­sea Clin­ton] était dans la salle », a-t-il en­suite dé­cla­ré sur Fox News. A cinq se­maines de l’élec­tion, l’at­ti­tude du can­di­dat ré­pu­bli­cain fi­nit par lui por­ter pré­ju­dice : à l’is­sue du dé­bat du 26 sep­tembre, 55 % des élec­trices avait une opi­nion en­core moins bonne de Do­nald Trump, se­lon un son­dage Po­li­ti­co-mor­ning Consult me­né entre le 30 sep­tembre et le 2 oc­tobre. Un son­dage Nbc-sur­vey­mon­key in­dique que 52 % des élec­trices sou­tiennent la dé­mo­crate, 34 % le ré­pu­bli­cain. Le ma­ga­zine Wa­shing­ton Month­ly es­time que Do­nald Trump aborde la ques­tion du gen­der gap de ma­nière ca­tas­tro­phique. Le gen­der gap – « écart entre les sexes » –, me­sure la dif­fé­rence entre les votes des femmes et ce­lui des hommes, ex­plique le Cen­ter for Ame­ri­can Wo­men and Po­li­tics de l’uni­ver­si­té Rut­gers, dans le New Jer­sey. De­puis plus de trente ans, ce phé­no­mène joue en fa­veur des can­di­dats dé­mo­crates. Le phé­no­mène avait été ob­ser­vé pour la pre­mière fois lors de l’élec­tion de 1980. Ro­nald Rea­gan avait été élu par une ma­jo­ri­té d’hommes (55 % des élec­teurs, 47 % des élec­trices), les élec­trices vo­tant en fa­veur de Jim­my Car­ter (45 % contre 36 % des élec­teurs) : le gen­der gap s’éta­blis­sait alors à 17 points. En 2016, il pour­rait at­teindre 24 points, pré­voit Lar­ry Sa­ba­to du Cen­ter for Po­li­tics de l’uni­ver­si­té de Vir­gi­nie. En mai, NPR le fixait à 22 points, tan­dis que Pew Re­search, le fixait, en juin, à 16 points. En août, un son­dage de l’uni­ver­si­té de Mon­mouth (New Jer­sey) mon­trait que le prin­ci­pal pro­blème de Do­nald Trump dans l’élec­to­rat blanc était le manque de sou­tien au­près des élec­trices di­plô­mées. Celles-ci quittent le GOP (pour « Grand Old Par­ty », sur­nom du Par­ti ré­pu­bli­cain) : en 2012, Mitt Rom­ney avait rem­por­té 52 % des suf­frages des élec­trices di­plô­mées (46 % pour Ba­rack Oba­ma). Cette fois, Hilla­ry Clin­ton re­cueille 57 % d’in­ten­tions de vote au sein de cet élec­to­rat, contre 27 % pour Do­nald Trump. Pour amé­lio­rer son image, Do­nald Trump a re­cru­té la son­deuse et consul­tante ré­pu­bli­caine Kel­lyanne Con­way, spé­cia­liste du gen­der gap. Cette der­nière l’a for­cé à uti­li­ser un promp­teur, à s’ex­cu­ser, par­fois, note Time. Sa prin­ci­pale mis­sion consiste à ar­ron­dir les angles sur les pla­teaux de té­lé­vi­sion après les sor­ties de Do­nald Trump, même s’il lui ar­rive aus­si, elle même, de dé­ra­per : « Est-ce que qu’on connaî­trait Hilla­ry Clin­ton si elle n’était pas ma­riée à Bill Clin­ton ? », de­man­det-elle ain­si dans un do­cu­men­taire de la chaîne bri­tan­nique ITN. Le can­di­dat compte aus­si uti­li­ser l’image d’ivan­ka Trump, sa fille, âgée de 34 ans. Très pré­sente dans ses clips de cam­pagne, elle est cen­sée jouer le rôle de cau­tion fé­mi­nine. Mais son in­ter­ven­tion peut par­fois être contre­pro­duc­tive lors­qu’elle dé­clare : « Le job le plus im­por­tant qu’une femme puisse avoir est d’être mère. »

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