Sa pe­tite mu­sique dérange...

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Sa­mia HARRAR

Il a eu tort. Sû­re­ment! Ce ne sont pas des ma­nières. Il au­rait pu choi­sir une autre forme de contes­ta­tion. Quelque chose de ci­vi­li­sé en somme. Un bon joyeux es­clandre, dans les règles de l’art, de bruit et de fu­reur; un sit-in, une grève sau­vage, une al­ter­ca­tion ver­bale avec de gen­tils noms d’oi­seaux, his­toire de mettre de l’am­biance dans l’air et égayer, un tant soit peu l’at­mo­sphère, au lieu de se ra­me­ner, la bouche en coeur, avec une troupe de mu­si­ciens folk­lo­riques, pour pro­tes­ter contre la lour­deur bu­reau­cra­tique, d’une ad­mi­nis­tra­tion tu­ni­sienne, la­quelle, toutes pro­por­tions gar­dées comme de bien en­ten­du, ex­celle dans l’art de brouiller toutes les pistes, comme dans ce­lui, pour­tant ré­pu­té dif­fi­cile, de noyer tous les pois­sons. Sans sour­ciller bien sûr!

Ab­sur­di­té, et len­teur sans pa­reille, de l’ad­mi­nis­tra­tion tu­ni­sienne? Al­lons-donc: vous vous mé­pre­nez! D’ailleurs, ce n’est pas le pro­pos. Et com­bien même ce­la se­rait le cas, est-ce une rai­son pour pro­tes­ter en mu­sique, en lieu et place de faire comme tout le monde, mê­lant bru­ta­li­té et vio­lence, puisque c’est ce qui se­rait plu­tôt dans l’air du temps, en s’as­su­rant ain­si, des re­tom­bées qui ne peuvent qu’être heu­reuses, lorsque le dire en fan­fare, vous en­voie illi­co-pres­to, ré­flé­chir der­rière les bar­reaux, com­ment en dé­coudre dé­sor­mais, et le cas échéant, sous nos douces la­ti­tudes où la mu­sique, plu­tôt que d’adou­cir les moeurs, les dérange plus sû­re­ment qu’à son compte, au point de per­mettre qu’un ar­tiste: co­mé­dien et pré­sident d’une as­so­cia­tion théâ­trale de la ré­gion, soit ar­rê­té pour voies de fait, et per­tur­ba­tion de l’ordre pu­blic, ou quelque chose du même genre, parce qu’il au­rait eu le tort de croire qu’en ra­me­nant sa fraise en mu­sique pour contes­ter, il fe­rait par­ve­nir son mes­sage en dou­ceur. Ce n’était pas, à pro­pre­ment par­ler la mu­sique des anges mais l’in­ten­tion y était. Reste que le mes­sage a été très mal re­çu. Trop pa­ci­fique pour ne pas éveiller quelque soup­çon. Un tan­ti­net un peu trop ci­vi­li­sé pour être en­ten­du... N’est-ce pas?

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