Fat­ma Ben Saï­dane, Leï­la Tou­bel et Mon­cef Dhouib dans un feuille­ton si­gné Atef Ben Has­sine

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Fai­za MES­SAOU­DI

Atef Ben Has­sine est une fi­gure ré­cur­rente dans les feuille­tons tu­ni­siens. Les rôles qu’il a in­ter­pré­tés té­moignent bel et bien de sa qua­li­té d’ac­teur, sa­chant qu’il est par ex­cel­lence un homme de théâtre, un di­plô­mé de l’ins­ti­tut des Arts Dra­ma­tiques. Par ailleurs, Il a fon­dé son propre ate­lier de for­ma­tion de co­mé­diens « L’ac­teur de­vant la ca­mé­ra ». Ac­tuel­le­ment, cet ar­tiste se lance dans un autre champ ar­tis­tique. Il se consacre, ain­si, aux préparatifs de son nou­veau feuille­ton Al Ma­na­ra. Il a com­po­sé son équipe à par­tir de pro­fes­sion­nels les plus confir­més et d’ar­tistes de grande re­nom­mée.

Atef Ben Has­sine est une fi­gure ré­cur­rente dans les feuille­tons tu­ni­siens. Les rôles qu’il a in­ter­pré­tés té­moignent bel et bien de sa qua­li­té d’ac­teur, sa­chant qu’il est par ex­cel­lence un homme de théâtre, un res­sor­tis­sant de l’ins­ti­tut des Arts Dra­ma­tiques. Par ailleurs, Il a fon­dé son propre ate­lier de for­ma­tion de co­mé­diens « L’ac­teur de­vant la ca­mé­ra ». Ac­tuel­le­ment, cet ar­tiste se lance dans un autre champ ar­tis­tique. Il se consacre, ain­si, aux préparatifs de son nou­veau feuille­ton Al Ma­na­ra. Il a com­po­sé son équipe à par­tir de pro­fes­sion­nels les plus confir­més et d’ar­tistes de grande re­nom­mée. Nous avons ren­con­tré Atef at­ta­blé à la ter­rasse d’un ca­fé, tout sou­riant, tout bien­veillant. Nous avons par­lé de son feuille­ton, mais pas uni­que­ment, nous avons aus­si dis­cu­té du pay­sage cultu­rel en gé­né­ral, et de son pro­jet de ré­forme pour le sec­teur théâ­tral, qui a été si vite avor­té. In­ter­view : Le Temps : Pré­sen­tez aux lec­teurs votre nou­veau pro­jet

Atef ben Has­sine : Il s’agit d’un pro­jet de feuille­ton dont le scé­na­rio, se bro­dait à pe­tits points, de­puis presque deux ans. La so­cié­té de pro­duc­tion Na­wa­ret Tou­nes­prod, avec notre amie Na­jet Le­griche qui est une réa­li­sa­trice de ci­né­ma et ex-avo­cate, et mon épouse Mé­riam Bel Haj Ah­med qui est gé­rante de cette boîte, avons dé­ci­dé de pré­sen­ter un dos­sier à la té­lé­vi­sion na­tio­nale avec un sup­port pi­lote d’une du­rée de 25 mi­nutes. Nous avons la convic­tion que la fi­na­li­té d’un scé­na­rio ré­di­gé est sa réa­li­sa­tion et non pas sa lec­ture par un quel­conque co­mi­té puis son ran­ge­ment dans un ti­roir.

C’est fa­cile de pré­sen­ter des pro­jets aux chaines de té­lé­vi­sion?

Si on pré­sente un sup­port image qui soit ache­vé, je pense qu’il n’y a pas rai­son de ren­con­trer des dif­fi­cul­tés. Ça ne veut ab­so­lu­ment rien dire de pré­sen­ter un pa­pier à une com­mis­sion soi di­sant de lec­ture. Sur quels cri­tères éva­lue-t-on un scé­na­rio de feuille­ton écrit ? C’est comme au théâtre ! la grande que­relle c’est cette ten­dance de sub­ven­tion­ner, ou ache­ter une re­pré­sen­ta­tion théâ­trale sur un sup­port en pa­pier, c’est com­plè­te­ment ab­surde ! il faut pré­sen­ter une ac­tion, et non pas des phrases. Il est vrai que c’est un in­ves­tis­se­ment coû­teux. Alors, nous avons pas­sé une se­maine de tour­nage entre le vil­lage de Chab­ba et la ca­pi­tale avec nos propres moyens. C’est ain­si que nous avons vi­sé de créer un mar­ché à par­tir d’un sup­port vi­déo pour voir et ju­ger conve­na­ble­ment et pro­fes­sion­nel­le­ment notre pro­duit. Ce qui est mar­quant dans votre pro­jet, ce sont les noms qui étaient au­pa­ra­vant étran­gers au monde de la té­lé­vi­sion, de grands noms d’ailleurs comme la su­blime Fat­ma Ben Sai­dane, éga­le­ment Lei­la Tou­bel et Mon­cef Dhuib.

A mon sens, ces grands noms de­vraient oc­cu­per leurs places, et oeu­vrer à sau­ver le pay­sage ar­tis­tique, à amé­lio­rer la créa­tion, à com­bler le vide cau­sé par les pseu­do-ar­tistes pour ne pas dire la ra­caille. Il est clair que la té­lé­vi­sion est la pre­mière ma­chine qui in­flue di­rec­te­ment sur les consciences. Elle pro­pose une grande consom­ma­tion pour le grand pu­blic, donc il faut tra­vailler sur la qua­li­té de ce qu’on leur dif­fuse. Au­jourd’hui, nous avons un sou­ci ar­tis­tique, ce­ci dit, le cô­té mer­can­tile existe et c’est bien nor­mal, mais il ne prime pas au dé­tri­ment de la qua­li­té ar­tis­tique, du mes­sage cultu­rel vé­hi­cu­lé par le pro­duit pro­po­sé. Il ne faut pas res­ter spec­ta­teur de l’in­di­gence et de la dé­ca­dence de ce qui se donne sur nos chaînes. Il faut bou­ger et c’est à l’élite de chan­ger, de se po­si­tion­ner là où il le faut et d’ar­rê­ter ce flot dé­fer­lant qui ne fait qu’abê­tir les gens. Je pour­rais m’in­ves­tir dans des af­faires et amas­ser une for­tune, mais je choi­sis d’ac­com­plir une mis­sion noble dans ce pays, culti­ver la masse et af­fi­ner le goût, au risque même de perdre mon ar­gent. Il y a une ur­gence à sau­ver la culture dans ce pays qui n’a d’autres ri­chesses que ses in­tel­los, il y a une res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive qu’il faut as­su­mer. ..il faut que le dis­cours de la té­lé­vi­sion soit à la hau­teur ou plus du dis­cours du ci­né­ma ou du théâtre. Cette ma­chine est d’une im­por­tance ex­trême, il ne faut pas qu’elle soit gé­rée par qui­conque. Il faut pro­po­ser un dis­cours ar­tis­tique dé­ve­lop­pé, conscient en im­pli­quant des ar­tistes ex­perts en image, en scé­na­rio, etc.

C’était fa­cile de choi­sir ton équipe et de convaincre des ar­tistes de re­nom­mée ?

Il a suf­fi de leur pro­po­ser un pro­jet qui se res­pecte. Ils étaient convain­cus de la qua­li­té ar­tis­tique du pro­jet. Vous m’avez par­lé d’un cô­té mar­ke­ting, je ne le nie pas ! N’ou­blions pas que Me­riam Bel Haj Ah­med est à la base mar­que­teuse, elle sait créer les moyens qui fa­ci­litent la com­mu­ni­ca­tion, qui fa­ci­litent l’ac­cès au plus grand nombre de spec­ta­teurs. Les gens ont hâte de voir Fat­ma Ben Sai­dane ou Lei­la Tou­bel sur le pe­tit écran. On tra­vaille aus­si sur la ré­cep­tion du pu­blic. Il y a un grand dé­fi, que ce soit du cô­té du pu­blic, ou de l’équipe avec qui je col­la­bore.

Y-a-t-il une cor­res­pon­dance entre ce pro­jet et votre pro­jet de l’ac­teur de­vant la ca­mé­ra ?

C’est clai­re­ment évident, et c’est à par­tir de là, qu’on avait ac­cou­ché l’idée du scé­na­rio. Cet ate­lier a trois ans, et je suis bien content de ce pro­jet parce que je tra­vaille avec des per­sonnes qui sont as­soif­fées d’art. A par­tir de cette ex­pé­rience, nous avons com­pris que jouer sur scène est com­plè­te­ment dif­fé­rent que jouer de­vant la ca­mé­ra ; c’est une autre phi­lo­so­phie, un autre rythme, un autre pu­blic, un autre do­sage, une autre prise en charge. C’est im­por­tant d’être for­mé avant de se lan­cer de­vant la ca­mé­ra. Vous avez aban­don­né le théâtre ? Le théâtre, tel qu’il se donne au­jourd’hui ne m’in­té­resse plus. Le théâtre avec ses modes dé­fec­tueux et rouillés ne m’in­ter­pelle plus ! Il fau­drait des ré­formes, mais mal­heu­reu­se­ment, les pro­fes­sion­nels du théâtre sont an­ti-chan­ge­ment. J’ai oc­cu­pé un poste im­por­tant au mi­nis­tère de la Culture et j’ai pré­sen­té un pro­jet « le théâtre de la ci­té », qui en­vi­sage des ré­formes fon­da­men­tales pour le théâtre, mais il était ca­té­go­ri­que­ment re­fu­sé tout d’abord par mes col­lègues, les hommes de théâtre, en­suite par l’ad­mi­nis­tra­tion. Ils n’ont même pas pris la peine de le dis­cu­ter ! On ne veut pas le chan­ge­ment, car tout sim­ple­ment, on ne veut pas tra­vailler! Il y a des pro­blèmes énormes qui en­travent l’es­sor de cet art vi­vant très im­por­tant. Com­ment peut-on faire du théâtre quand les mai­sons de la culture sont fer­mées les wee­kends, et ne sont pas équi­pées. Pour­quoi re­fu­ser de re­voir les modes de sub­ven­tion et des rôles des com­mis­sions de théâtre ? Ils étaient mal­heu­reu­se­ment contre mon ini­tia­tive de ré­no­va­tion.

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