Des pièges lais­sés par Daech à Mos­soul pour frei­ner l'avan­cée de l'ar­mée

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

C'est le tour­nant de la ba­taille. Mar­di 1er no­vembre, les sol­dats ira­kiens sont en­trés dans Mos­soul lan­çant ain­si la vé­ri­table opé­ra­tion de li­bé­ra­tion de la ville conquise par le groupe Etat is­la­mique en Irak. Et si le Pre­mier mi­nistre ira­kien dé­cla­rait le 17 oc­tobre der­nier "les ji­ha­distes n'ont pas d'échap­pa­toire, ils peuvent soit mou­rir, soit se rendre", la ba­taille pour­rait en­core prendre des se­maines voire des mois. L'etat is­la­mique a eu plus de deux ans pour pré­pa­rer la dé­fense de la ville où elle a pro­cla­mé en 2014 son "ca­li­fat". Sni­pers, tun­nels, ta­lus, mines ou pièges ex­plo­sifs, les ji­ha­distes uti­lisent tout l'ar­se­nal de la gué­rilla ur­baine pour ra­len­tir la pro­gres­sion des ad­ver­saires hé­té­ro­clites de Daech. "Le com­bat ur­bain est le com­bat le plus san­glant pour l'as­saillant, et le plus dés­équi­li­bré en termes de pertes", ex­plique un mi­li­taire oc­ci­den­tal.

Des mines et vé­hi­cules pié­gés

Pour ra­len­tir la pro­gres­sion de l'ar­mée ira­kienne, les ji­ha­distes ont no­tam­ment mi­né toutes les routes qui mènent à Mos­soul. Ain­si, de­puis le dé­but de l'of­fen­sive, des sol­dats d'élite passent les voies d'ac­cès au peigne fin pour dé­bus­quer les bombes et voi­tures pié­gées aban­don­nées par l'etat is­la­mique. Dans l'autre sens, au­cun dé­mi­nage n'est pos­sible. Pour fuir les com­bats de Mos­soul, les ci­vils pris au piège doivent ten­ter leur chance entre les bombes.

"Pen­dant notre fuite, on était en voi­ture. On a pro­fi­té du mo­ment où les ji­ha­distes étaient en train de se battre au sud de Mos­soul. Il y avait deux voi­tures de­vant nous, la route était par­se­mée de mines. Ceux de de­vant ont ex­plo­sé, avec des en­fants et des femmes. Et nous, on a réus­si à pas­ser", ex­plique Has­san à France In­ter. Ma­rouan, un autre rescapé de Daech ex­plique que les ji­ha­distes ne cessent de pré­pa­rer des voi­tures pié­gées pour ci­bler les troupes ira­kiennes. "Ils sont très forts pour ça. Moi j'ai vu une grande usine où ils fa­briquent des voi­tures blin­dées qui ré­sistent aux tirs et qui sont pié­gées", ex­plique-t-il. De­puis le dé­but de l'of­fen­sive, les ka­mi­kazes de Daech lancent des voi­tures truf­fées d'ex­plo­sifs sur les troupes de la coa­li­tion, comme vous pou­vez le voir dans­la vi­déo ci-des­sous.

La po­pu­la­tion comme bou­clier hu­main

Si les deux hommes in­ter­ro­gés par France In­ter ont réus­si à sor­tir de l'en­fer de Mos­soul, il reste en­core 1,5 mil­lion d'ira­kiens pris au piège dans la ville. Mar­di 26 oc­tobre, L'ONU ex­pri­mait dé­jà ses "sé­rieuses in­quié­tudes" quant au sort de di­zaines de mil­liers de ci­vils qui pour­raient être uti­li­sés comme bou­clier hu­main par L'EI. Pen­dant plu­sieurs jours, les ji­ha­distes au­raient ain­si trans­por­té dans des ca­mions et au­to­cars "quelques 25.000 ci­vils" d'une lo­ca­li­té au sud de Mos­soul, Ha­mam al-alil, pour les rap­pro­cher de la deuxième ville d'irak, se­lon des in­for­ma­tions re­cueillies par le Haut-com­mis­sa­riat de L'ONU aux droits de l'homme. Con­crè­te­ment, les troupes de Daech en­cerclent leurs bâ­ti­ments de ci­vils, se ser­vant d'eux "comme bou­cliers hu­mains". De fait, ils em­pêchent les forces de la coa­li­tion d'at­ta­quer leurs po­si­tions.

Des ri­deaux de fu­mée

Des bom­bar­de­ments ren­dus en­core plus dif­fi­ciles par les feux al­lu­més par les ji­ha­distes. Noirs, blancs ou jau­nâtres: ces nuages de fu­mée pro­viennent de puits de pé­trole, de tas de pneus ou de tran­chées rem­plies de ma­tières in­flam­mables aux­quels le groupe Etat is­la­mique a mis le feu. Une pra­tique de­ve­nue ha­bi­tuelle ayant pour ob­jec­tif d'obs­cur­cir le ciel de Mos­soul et de gê­ner les raids aé­riens. Mais ce sont sur­tout les ci­vils qui en sont vic­times.

Sur le bord de la route, les en­fants qui jouent doivent s'in­ter­rompre ré­gu­liè­re­ment, pris de quintes de toux. La vi­sion ne dé­passe pas quelques cen­taines de mètres. "Ça bloque la res­pi­ra­tion", té­moi­gnait il y a quelques jours Ti­ba, une jeune fille de 11 ans. Anas, un gar­çon­net de sept ans, se plaint aus­si de la gorge. Entre 600 et 800 per­sonnes ont dû consul­ter à cause des fu­mées toxiques dé­ga­gées par l'in­cen­die de l'usine de soufre, se­lon L'ONU.

Sol­dats et ci­vils ira­kiens sont éga­le­ment confron­tés à une nou­velle forme d'at­taque meur­trière: les ob­jets pié­gés. "Il y a des mines par­tout. Qua­si­ment dans chaque mai­son", ex­plique un pesh­mer­ga à Li­bé­ra­tion. "Les mines sont en­fouies dans le sol, ca­chées der­rière des portes. Il suf­fit de rompre un fil qua­si in­vi­sible pour les dé­clen­cher", dé­taille-t-il.

De­puis le dé­but de la ba­taille, les ji­ha­distes piègent no­tam­ment des jouets pour en­fants, ré­vèle The Guar­dian. Ils truffent d'ex­plo­sifs les ob­jets du quo­ti­dien d'ap­pa­rence in­of­fen­sive comme des ours en pe­luche, des pe­tites voi­tures, des montres ou des ma­nettes de jeux vi­déos. De quoi ins­tal­ler - un peu plus - un cli­mat d'an­goisse pour les po­pu­la­tions ci­viles qui doivent dé­sor­mais se mé­fier du moindre ob­jet aban­don­né. C'est une fa­çon, aus­si, de ra­len­tir les forces ira­kiennes qui doivent dé­mi­ner chaque bâ­ti­ment aban­don­né par les troupes de L'EI.

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