Le pa­tron du FBI roule-t-il vrai­ment pour Trump ?

Le Temps (Tunisia) - - Monde -

Pré­si­den­tielle amé­ri­caine

Il est trop tôt pour dire s'il a fait bas­cu­ler l'élec­tion, mais le di­rec­teur du FBI, James Co­mey, a sans au­cun doute fait va­ciller les cer­ti­tudes des dé­mo­crates amé­ri­cains. Pour avoir re­lan­cé la dé­sor­mais fa­meuse af­faire des e-mails de Hilla­ry Clin­ton, le chef de la po­lice fé­dé­rale amé­ri­caine se re­trouve sous les tirs croisés des dé­mo­crates et des ré­pu­bli­cains. Ac­cu­sé de po­li­ti­ser le tra­vail du FBI et de me­na­cer ain­si sa ré­pu­ta­tion d'im­par­tia­li­té, James Co­mey est même soup­çon­né de ma­noeu­vrer au pro­fit de Do­nald Trump. Le pa­tron du FBI s'est-il mis of­fi­cieu­se­ment au ser­vice du parti ré­pu­bli­cain ? La ques­tion se pose, au vu des der­niers re­bon­dis­se­ments qui agitent la cam­pagne amé­ri­caine, à quelques jours du scru­tin qui se tien­dra le 8 no­vembre. Alors que James Co­mey a lui-même an­non­cé dé­but juillet que le dos­sier était clas­sé, le pa­tron de la po­lice fé­dé­rale fait vol­te­face, ven­dre­di 28 oc­tobre, en écri­vant, dans un bref cour­rier au Congrès, que le FBI avait "ap­pris l'exis­tence d'e-mails qui sem­blaient per­ti­nents dans le cadre de l'en­quête" sur l'uti­li­sa­tion par Hilla­ry Clin­ton de sa mes­sa­ge­rie pri­vée pour ses cor­res­pon­dances of­fi­cielles, lors­qu'elle était se­cré­taire d'etat. James Co­mey pré­cise ce­pen­dant au Congrès que le Bu­reau ignore "si cette dé­cou­verte est si­gni­fi­ca­tive", car ses agents n'ont alors pas en­core ob­te­nu de man­dat pour consul­ter ces e-mails, re­trou­vés sur un or­di­na­teur uti­li­sé par une proche col­la­bo­ra­trice de la can­di­date dé­mo­crate. Le dos­sier n'est donc qu'une co­quille vide à ce stade, mais ce­la n'em­pêche pas Do­nald Trump et ses sup­por­ters de bon­dir sur l'oc­ca­sion pour mar­te­ler leur slo­gan fa­vo­ri dès le mee­ting sui­vant : "Lock her up !" "En­fer­mez-la !". Quatre jours plus tard,l'avance de Clin­ton dans les son­dages se tasse et Trump se ré­jouit de re­ve­nir au coude-à-coude, pour la pre­mière fois de­puis le mois de mai. Dans le même temps, la chaîne CNBC et le Huf­fing­ton Post (liens en an­glais)ré­vèlent que le di­rec­teur du FBI s'est op­po­sé, dé­but oc­tobre, à ce que le Bu­reau pu­blie les ré­sul­tats d'une en­quête concer­nant les sup­po­sées ten­ta­tives de la Russie d'in­fluen­cer l'élec­tion amé­ri­caine en fa­veur de Do­nald Trump. James Co­mey au­rait es­ti­mé qu'une "puis­sance étran­gère es­sayait de sa­per l'élec­tion. Il croyait que c'était vrai, mais re­fu­sait de le dire avant l'élec­tion", se­lon une source ci­tée par CNBC. Une pru­dence à l'op­po­sé de son im­pli­ca­tion per­son­nelle dans l'en­quête sur les e-mails de Hilla­ry Clin­ton. Mar­di, le FBI re­met une pe­tite pièce dans la ma­chine en an­non­çant sur l'un de ses comptes Twit­ter la pu­bli­ca­tion d'un vieux rap­port d'en­quête sur l'am­nis­tie contro­ver­sée ac­cor­dée par le pré­sident Bill Clin­ton, à la fin de son man­dat, en jan­vier 2001, au sul­fu­reux tra­der Marc Rich. Le Bu­reau as­sure qu'il s'agit de la "mise en ligne au­to­ma­tique" d'un dos­sier, qui plus est lar­ge­ment ex­pur­gé de ses don­nées ju­gées confi­den­tielles. De quoi rap­pe­ler tout de même un épi­sode em­bar­ras­sant pour le nom Clin­ton, avec cette af­faire sur la­quelle James Co­mey avait per­son­nel­le­ment en­quê­té, rap­pelle CNN (en an­glais). Le porte-pa­role de Hilla­ry Clin­ton, Brian Fal­lon, juge d'ailleurs "étrange" cette date de pu­bli­ca­tion. Tous les re­gards sont dé­sor­mais bra­qués sur lui, le pa­tron du FBI, ve­nu trou­bler une cam­pagne qui n'en avait pas vrai­ment be­soin. Cette in­cur­sion dans la vie po­li­tique est d'au­tant plus sur­pre­nante que ce géant - il me­sure plus de 2 mètres - s'est bâ­ti une ré­pu­ta­tion im­pec­cable, qui lui vaut des louanges, y com­pris de la Mai­son Blanche, quant à son "in­té­gri­té" et ses "prin­cipes". Nom­mé en 2013 par Ba­rack Oba­ma à la tête du FBI, James Co­mey a été en­quê­teur pen­dant une quin­zaine d’an­nées au bu­reau du pro­cu­reur à New York puis en Vir­gi­nie, avant de de­ve­nir pro­cu­reur fé­dé­ral à New York dé­but 2002, puis mi­nistre ad­joint de la Jus­tice sous la pré­si­dence de George W. Bush, en 2003. En­re­gis­tré comme Ré­pu­bli­cain "presque toute sa vie d'adulte", James Co­mey a sou­te­nu fi­nan­ciè­re­ment les cam­pagnes des conser­va­teurs John Mc­cain en 2008 et Mitt Rom­ney en 2013, pré­cise Po­li­ti­co (en an­glais). Mais il a dé­cla­ré en juillet "ne plus être ins­crit" chez les Ré­pu­bli­cains. D'ailleurs, James Co­mey est connu pour ré­sis­ter aux pres­sions po­li­tiques. Comme en mars 2004, alors qu'il as­sure l'in­té­rim du mi­nistre de la Jus­tice John Ash­croft, hos­pi­ta­li­sé après un ma­laise. Il re­fuse de cé­der à "l'avo­cat de la Mai­son Blanche et du chef de ca­bi­net de George W. Bush, qui le poussent à va­li­der le pro­gramme de la NSA" que John Ash­croft avait re­je­té, ra­conte Li­bé­ra­tion.

Et si le pa­tron du FBI s'était re­trou­vé pié­gé ? Deux so­lu­tions s'of­fraient à lui, lorsque ses agents ont dé­cou­vert ces e-mails ju­gés "per­ti­nents" dans l'en­quête sur Hilla­ry Clin­ton : in­for­mer le pu­blic ou gar­der le si­lence. En écri­vant au Congrès, il ris­quait "d'être ac­cu­sé de tor­piller la cam­pagne Clin­ton et de nour­rir la rhé­to­rique de Do­nald Trump sur la 'cor­rup­tion' sup­po­sée de sa ri­vale". A l’in­verse, son si­lence lui au­rait va­lu d'autres soup­çons ve­nus du camp ré­pu­bli­cain, qui lui avait dé­jà re­pro­ché, à l'été 2016, de cher­cher à pro­té­ger Hilla­ry Clin­ton, en dé­cla­rant que "le com­por­te­ment né­gligent" de l'an­cienne se­cré­taire d'etat ne mé­ri­tait pas de pour­suites. Do­nald Trump avait alors dé­non­cé un "sys­tème tru­qué", comme il l'a fait des di­zaines de fois tout au long de la cam­pagne. Aux em­ployés du FBI, James Co­mey écrit s'être sen­ti "dans l'obli­ga­tion"d'aver­tir le Congrès, après avoir af­fir­mé "plu­sieurs fois ces der­niers mois que notre en­quête était ache­vée". "Au mi­lieu d'une élec­tion, il y a un risque im­por­tant d'être mal com­pris", re­con­naît-il d'ailleurs. L'in­com­pré­hen­sion gran­dit à la lec­ture du New York Times, qui af­firme que le FBI a choi­si de pas­ser sous si­lence deux af­faires im­por­tantes pen­dant l'été, pour ne pas per­tur­ber l'élec­tion. "La pre­mière concerne le di­rec­teur de cam­pagne de Do­nald Trump, Paul Ma­na­fort, et des af­faires se­crètes avec l'ukraine. La se­conde se concentre sur les re­la­tions de Hilla­ry Clin­ton avec les do­na­teurs de sa fon­da­tion", ex­plique le quo­ti­dien.

James Co­mey, di­rec­teur du FBI

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