Une juste ap­pli­ca­tion de la loi

Aux Berges du Lac 2, la po­lice mu­ni­ci­pale sé­vit et dé­mo­lit seize ter­rasses illé­ga­le­ment construites sur le trot­toir

Le Temps (Tunisia) - - La Une - Rym BENAROUS

Au Lac 2, de­puis hier ma­tin, les images sont juste spec­ta­cu­laires! Un in­croyable spec­tacle d'amon­cel­le­ment de py­lônes en alu­mi­nium, de cha­pi­teaux en tôle, de dé­bris de verre, de pots de plantes en terre cuite, de car­re­lage et de marbre, s'offre aux yeux de tous. Il s'agit là du ré­sul­tat de l'ap­pli­ca­tion des dé­ci­sions de dé­mo­li­tion de ter­rasses de sa­lons de thé, illé­ga­le­ment construites sur le trot­toir. Une autre sé­rie de dé­mo­li­tions, aux Berges du Lac 2 tou­jours mais aus­si à la Ci­té En­nasr, de­vrait bien­tôt suivre.

Au Lac 2, de­puis hier ma­tin, les images sont juste spec­ta­cu­laires! Un in­croyable spec­tacle d’amon­cel­le­ment de py­lônes en alu­mi­nium, de cha­pi­teaux en tôle, de dé­bris de verre, de pots de plantes en terre cuite, de car­re­lage et de marbre, s’offre aux yeux de tous. Il s’agit là du ré­sul­tat de l’ap­pli­ca­tion des dé­ci­sions de dé­mo­li­tion de ter­rasses de sa­lons de thé, illé­ga­le­ment construites sur le trot­toir. Une autre sé­rie de dé­mo­li­tions, aux Berges du Lac 2 tou­jours mais aus­si à la Ci­té En­nasr, de­vrait bien­tôt suivre.

Pas moins de 16 ter­rasses de sa­lons de thé si­tués au Lac 2 squat­tant le trot­toir ont ain­si été dé­mo­lies dans la soi­rée du lun­di au mar­di. Une ac­tion conjoin­te­ment me­née par la Po­lice mu­ni­ci­pale et le Dis­trict de la Sû­re­té Na­tio­nale de Car­thage. Dé­bu­tant peu après 23h, une telle opé­ra­tion a né­ces­si­té la mo­bi­li­sa­tion de plus de quatre cent agents. Six pel­le­teuses ont été ru­ti­li­sées à cet ef­fet ain­si qu’une ving­taine de ca­mions en plus des vé­hi­cules de po­lice. L’une après l’autre, les ter­rasses ont été dé­mo­lies ain­si que leurs équi­pe­ments élec­triques, leurs mo­bi­liers et leurs élé­ments de dé­cor. Ce n’est qu’à l’aube que les en­gins ont fi­ni leur tra­vail et que les agents ont quit­té les lieux, lais­sant der­rière eux des dé­bris de ma­té­riaux et des frag­ments de sou­ve­nirs pour ceux qui fré­quen­taient ces sa­lons de thé hup­pés. Aver­tis entre temps, quelques pro­prié­taires et gé­rants sont ar­ri­vés pré­ci­pi­tam­ment, criant et ges­ti­cu­lant de toutes leurs forces. En fu­rie, ils ont ten­té de perturber et stop­per le dé­rou­le­ment de l’opé­ra­tion de dé­mo­li­tion mais c’était peine per­due de­vant la dé­ter­mi­na­tion des agents. L’une des pro­prié­taires a ain­si es­sayé de s’in­ter­po­ser à l’en­gin, me­na­çant même de se faire du mal mais en vain. Em­por­tés par la co­lère, cer­tains ont même scan­dé « Vive Ben Ali ! »

Re­do­rer le bla­son de l’etat

Pour Mo­ha­med Ouel­ha­zi, Se­cré­taire Gé­né­ral du Syn­di­cat des em­ployés de la po­lice mu­ni­ci­pale, il s’agit là d’une ac­tion qui vise à res­tau­rer le pres­tige de l’etat dans le cadre du res­pect et de l’ap­pli­ca­tion de la loi. Il ajoute : « Sans réelle vo­lon­té po­li­tique, l’exé­cu­tion des dé­ci­sions de jus­tice est qua­si­ment im­pos­sible. » Tou­jours à ce pro­pos, il af­firme : « Ces dé­mo­li­tions n’ont été dé­ci­dées qu’à l’is­sue d’une longue pro­cé­dure de trac­ta­tion, de pro­po­si­tions de so­lu­tions à l’amiable, de séances de sen­si­bi­li­sa­tion et d’aver­tis­se­ment. D’ailleurs, l’opé­ra­tion de­vait se dé­rou­ler ven­dre­di soir et a été re­por­tée afin de lais­ser plus de temps aux pro­prié­taires de dé­mon­ter les ins­tal­la­tions par eux-mêmes pour mi­ni­mi­ser les pertes ma­té­rielles. Si cer­tains d’entre eux se sont pliés à la loi, d’autres ont te­nu tête et re­fu­sé d’ob­tem­pé­rer. Il faut sa­voir que la loi au­to­rise l’ex­ploi­ta­tion des ter­rasses contre ré­mu­né­ra­tion et qu’il est pos­sible d’y dis­po­ser des chaises, des tables et des pa­ra­sols mais toute construc­tion ou ins­tal­la­tion, en n’im­porte quel ma­té­riau, y est in­ter­dite. »

Concer­nant la le­vée des gra­vats, les contre­ve­nants se doivent de le faire dans un dé­lai de quelques jours. Au de­là de cette pé­riode, la mu­ni­ci­pa­li­té s’en charge puis en­voie la fac­ture aux pro­prié­taires des éta­blis­se­ments.

Pour et contre

Suite à ces dé­mo­li­tions, la ré­ac­tion des Tu­ni­siens ne s’est pas fait at­tendre. Tra­vaillant dans une so­cié­té si­tuée au Lac 2, Zou­beï­da a dé­cla­ré, eu­pho­rique : « Un sen­ti­ment de pays de droit ce ma­tin. Quel grand sou­la­ge­ment de dé­cou­vrir tous ces dé­bris par terre qui sym­bo­lisent la juste ap­pli­ca­tion de la loi ! » Ce n’est pour­tant pas l’avis de Mo­ha­med, ha­bi­tant dans un im­meuble si­tué au des­sus d’un des sa­lons de thé ci­blés par l’opé­ra­tion qui émet des ré­serves sur la fa­çon de pro­cé­der des au­to­ri­tés. Il ex­plique: « J’es­time que c’est une agres­sion contre les ri­ve­rains. Il faut res­pec­ter les ha­bi­tants qui se ré­veillent tôt pour al­ler tra­vailler et qui veulent dor­mir la nuit. Il faut aus­si res­pec­ter les en­fants et ne pas les trau­ma­ti­ser par un tel spec­tacle. Il y a d’autres mé­thodes plus pa­ci­fiques pour ap­pli­quer la loi. » M. est em­ployé de cui­sine dans l’un des sa­lons de thé dont la ter­rasse a été dé­mo­lie. Il a ac­cep­té de té­moi­gner sous cou­vert de l’ano­ny­mat. Il dé­clare : « Cet éta­blis­se­ment em­ploie 45 sa­la­riés dont la plu­part sont des pères de fa­mille. Mon pa­tron paie chaque an­née 14 mille di­nars comme frais d’ex­ploi­ta­tion de la ter­rasse. Ap­pre­nant l’im­mi­nence de la dé­mo­li­tion, il nous a af­fir­mé avoir ten­té, ain­si que d’autres pro­prié­taires, de ren­con­trer le maire d’el Kram à maintes re­prises mais sans suc­cès. Ils vou­laient vrai­ment trou­ver une so­lu­tion à l’amiable. Mon pa­tron es­time sa perte ma­té­rielle à en­vi­ron 3 MD. Même si c’est beau­coup d’ar­gent, il s’en re­met­tra sû­re­ment car il est as­sez ai­sé mais est-ce que quel­qu’un a pen­sé à nous, simples em­ployés ? Bon nombre d’entre nous se­ront vi­rés car l’es­pace de tra­vail est dé­sor­mais ré­duit. Ils se re­trou­ve­ront au chô­mage, sans res­sources. A quoi au­ra donc ser­vi cette dé­mo­li­tion ? »

A quand la suite ?

D’après Mo­ha­med Ouel­ha­zi, dix-sept autres dé­ci­sions de jus­tice de­vraient être pro­chai­ne­ment exé­cu­tées au Lac 2, sauf ac­cord à l’amiable être les deux par­ties. Nul doute tou­te­fois que cette pre­mière sé­rie de dé­mo­li­tions fe­ra ré­flé­chir à deux fois les pro­prié­taires ré­ti­cents. Un vé­ri­table branle-bas de com­bat ju­ri­dique et ad­mi­nis­tra­tif semble dé­sor­mais en­ga­gé et or­ches­tré par une main de fer par un homme : Omar Man­sour. Il y a quelques jours, il ef­fec­tuait une vi­site d’ins­pec­tion dans la zone ré­si­den­tielle des Berges du Lac 2, ac­com­pa­gné du di­rec­teur du Dis­trict de sû­re­té de Tu­nis. C’est au cours de cette vi­site qu’il au­rait de­man­dé d’ac­cé­lé­rer l’ap­pli­ca­tion de la loi et la pro­cé­dure de dé­mo­li­tion des ter­rasses en in­frac­tion. Nom­mé gou­ver­neur de Tu­nis en sep­tembre der­nier, Omar Man­sour au­rait, se­lon plu­sieurs té­moi­gnages dont ceux de ses col­la­bo­ra­teurs, ins­tau­ré comme cre­do l’ap­pli­ca­tion ri­gou­reuse de la loi, no­tam­ment en ma­tière de pré­ser­va­tion des trot­toirs et des es­paces pu­blics illé­ga­le­ment oc­cu­pés. L’homme semble af­fec­tion­ner tout par­ti­cu­liè­re­ment ce dos­sier et en a fait preuve à l’époque où il était gou­ver­neur de l’ariana lors­qu’il a com­plè­te­ment mis fin à la pré­sence de ven­deurs am­bu­lants aux en­vi­rons du mar­ché mu­ni­ci­pal. Louables, ces ac­tions sont gé­né­ra­le­ment sa­luées par les ci­toyens et la so­cié­té ci­vile re­pré­sen­tée no­tam­ment par le col­lec­tif « Wi­nou Et­tro­toir » qui a joué un rôle cru­cial dans ces dé­ci­sions de dé­mo­li­tion. Mais peut-on réel­le­ment s’en énor­gueillir en sa­chant qu’hier en­core, une ci­toyenne, plus pré­ci­sé­ment Zo­ra Abid, ré­dac­trice en chef d’un site d’informations, com­pa­rais­sait de­vant le juge pour dif­fa­ma­tion suite à la rédaction d’un ar­ticle dans le­quel elle a dé­non­cé l’oc­troi d’une au­to­ri­sa­tion d’ac­ti­vi­té à une ca­fé­té­ria si­tuée au rezde-chaus­sée d’un im­meuble ré­si­den­tiel à El Gha­ze­la, ayant gra­ve­ment nui à la qua­li­té de vie des ha­bi­tants du quar­tier tant par la gêne du bruit que par l’oc­cu­pa­tion illé­gale du trot­toir. Lorsque cer­tains d’entre eux se se­raient plaints au­près du gé­rant, ils au­raient es­suyé des me­naces de la part de son père, juge de mé­tier. A la de­mande de l’avo­cat de la dé­fense, l’af­faire a été re­por­tée au 24 jan­vier pro­chain.

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