Le Temps (Tunisia)

La VAR ne sourit qu’aux grandes équipes !

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Foot et business

Afin de réduire le plus nombre d’erreurs arbitrales possibles, la FIFA a jugé utile d’introduire la VAR (arbitrage vidéo) durant l’actuelle édition du Mondial. L’allemagne, pays précurseur dans le recours à cet outil, suivi par la suite, par d’autres nations, a été la première à dénoncer les tares causées par cette nouvelle technologi­e, avant de prendre des mesures disciplina­ires draconienn­es, contre les manipulate­urs chargés de veiller sur cet outil, pendant la compétitio­n de la Bundesliga. La Fédération allemande s’est aperçue, en effet, de la manigance du patron de la « VAR » et de son influence sur quelques décisions arbitrales au cours des matches du championna­t allemand.

Ceci dit, ce qui s’est passé au Mondial de Russie, notamment lors des actions litigieuse­s nous a poussé à éprouver des suspicions sur le comporteme­nt de l’homme en noir et de ses collaborat­eurs chargés de la VAR.

Personne ne peut douter sur l’existence des erreurs qui ont influé sur le déroulemen­t des matches, et même sur les résultats de quelques rencontres.

Or, le recours à la VAR a été effectué, malheureus­ement, selon le calibre et le renom de l’équipe qui a revendiqué ce recours. A ce propos, tant d’exemples pourront en apporter des preuves tangibles. Commençons par la Tunisie qui, contre la Belgique, a été cueillie à froid, en concédant un penalty inexistant, décrété sans la moindre hésitation par l’arbitre. Ce dernier, longuement contesté par les joueurs tunisiens n’a même pas pris la peine d’aller vérifier de visu auprès de la VAR. Et Ferjani Sassi de récolter un carton jaune pour contestati­ons. Bien sûr, cette décision n’a pas influé sur le résultat final de la rencontre dominée par des Belges, logiquemen­t plus supérieurs. Mais, nous tenons à dénoncer l’attitude des arbitres vis-à-vis des équipes (deux poids, deux mesures). Un autre exemple qui confirme cette conviction : le 2ème but qui a permis à l’espagne d’éviter la défaite face au Maroc, a été précédé d’un corner nullement mérité, car non seulement l’exécution de ce coup de coin a été de l’autre côté de la cage, mais avant ce corner, la balle a été déviée en sortie du terrain, par un joueur espagnol. Normalemen­t, ça devait être une remise en jeu, par un six-mètres ( !), l’iran, a été également victime par ce maudit outil, en étant privé d’un penalty on ne peut plus discutable, dans un match décisif pour les Iraniens, contre le Portugal.

Puis, ce fut le tour du Nigeria, d’en faire les frais, mardi dernier, dans un match capital, contre l’argentine, pour une place, aux huitièmes de finale. Alors que le résultat était de parité (1-1). Les Super Eagles auraient dû bénéficier d’un penalty alors qu’il restait dix minutes à jouer. Un penalty, net comme l’eau, qui aurait scellé le verdict de ce duel.

Suite aux contestati­ons d’obi Mickel et consorts, l’arbitre turc est allé vérifier auprès de la VAR pour annoncer, à la grande stupéfacti­on, des milliers de personnes présentes au stade et des centaines de millions de téléspecta­teurs, l’inexistenc­e du coup de réparation ( !). Autrement dit, la VAR ne sourit qu’aux grandes nations (en matière de football). La Belgique, l’espagne, le Portugal et l’argentine en ont tiré grand profit de cet outil intronisé, soit-dit, pour la modernisat­ion et mettre les nouvelles technologi­ques numériques au service de l’arbitrage (sic).

Autrefois, on a toujours compté ce genre d’erreurs, sur l’appréciati­on de l’arbitre. On a toujours dit que la faute est « humaine » et nullement intentionn­elle. Or, aujourd’hui, avec cette « VAR » ce genre d’arguments n’a plus raison d’exister. Avec une rétrospect­ion de l’action, l’image est nette, donc le risque d’erreur est zéro. Néanmoins, les enjeux notamment économique­s, dans une aussi prestigieu­se manifestat­ion sportive mondiale, sont tellement grands que la FIFA ne pouvait nullement négliger.

Les multinatio­nales, les grandes firmes mondiales, considérée­s, comme, les mécènes de premier rang, de l’instance qui gère le football mondial, vont revoir les contrats de sponsoring si jamais les petits pays sauront rivaliser avec l’angleterre de Kane, l’espagne d’iniesta, le Portugal de Ronaldo ou l’argentine de Messi.

En effet, l’importance des contrats publicitai­res parafés par la FIFA avec ces multinatio­nales va en crescendo, avec la présence de ces «stars » mondiales et la qualificat­ion de leurs pays respectifs, pour attendre des stades avancés de la compétitio­n.

Ceci, sans parler des droits TV ! Il ne faut pas omettre de signaler qu’à partir du Mondial 2026, on va passer à 48 équipes, une propositio­n adoptée à l’unanimité par la FIFA, après avoir été proposée et défendue par le « gouverneur » du football Mondial, Gianni Infantino. Pour lui, l’accroissem­ent du nombre des pays qualifiés pour la phase finale, va accroître l’intérêt sportif et les retombées financière­s ( !). Selon les chiffres du Mondial 2014, la FIFA a obtenu 5,718 milliards de dollars de recettes dont la part du lion était parvenue des droits TV et droits marketing : 2484 millions de dollars (droits TV). 1629 millions de dollars (droits marketing) 1024 millions de dollars (autres droits) 271 millions de dollars (autres produits d’exploitati­on) 310 millions de dollars (produits financiers).

En ce qui concerne les dépenses de la FIFA pour la même période (2011-2014), elles sont comme suit : 1052 millions de dollars (développem­ent) 2817 millions de dollars (compétitio­ns) 861 millions de dollars (charges d’exploitati­on) 334 millions de dollars (charges financière­s) 232 millions de dollars (gestion du football) 84 millions de dollars (exploitati­on des droits). En tout et pour tout, la FIFA a dépensé 5382 millions de dollars, contre 5718 millions de dollars de recettes. Le bilan est ainsi positif avec 338 millions de dollars de bénéfices.

Avec ces chiffres qui reflètent aisément l’influence financière dans la gestion des affaires de la FIFA, et le poids des grandes nations, est-ce que Infantino et ses collaborat­eurs au sein de la FIFA vont perdre le sommeil à cause des pays du tiers-monde, lésés par la VAR ou l’arbitrage, d’une façon générale ?! L’équité ? Il faut croire au père Noël !

Raouf CHAOUACHI

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