AL­SACE LES GRANDS LI­QUO­REUX

Cuisine et Vins de France - - Vignoble - Pho­tos et texte : Jean-Luc Barde

En

Al­sace, ils sont fils de la ra­re­té. Ils naissent du temps qui passe, du temps qu’il fait, au­tre­ment dit du mil­lé­sime, mais dans les an­nées su­bli­mées par un ca­price idéal de la na­ture. Là-bas ça s’ap­pelle des ven­danges tar­dives et dans les cas ex­trêmes des sé­lec­tions de grains nobles. Ces vins ap­par­tiennent à la fa­mille des grands li­quo­reux, des aris­to­crates. Dans les au­tomnes mi­ra­cu­leux où l’été in­dien s’avance au plus loin, la ru­meur des ven­danges s’est tue et le mur­mure de la fer­men­ta­tion des pre­miers moûts des vins secs a com­men­cé sous les voûtes des caves. Au-des­sus des toits, l’air est calme, le soir est pur et les feuilles jau­nissent aux der­niers

Dans la Val­lée du Rhin, on les ap­pelle Ven­danges tar­dives et Sé­lec­tion de grains nobles. Fruits du cli­mat et du ter­roir, ces vins

pres­ti­gieux af­fichent une te­neur en sucre ex­cep­tion­nelle.

rayons. Dans le ciel, l’an­gé­lus ouvre les portes de la nuit et la fraî­cheur des­cend dans les combes. A l’aube, les brouillards traînent au fond du lit des val­lées, font la grasse ma­ti­née jus­qu’à mi­di. Le so­leil peu à peu les dé­chire et boit la ro­sée que la nuit a lais­sée sur les grappes do­rées. Le bo­try­tis s’est ins­tal­lé, on at­tend en­core, par­fois jus­qu’aux chry­san­thèmes d’or des pre­miers jours de no­vembre, au risque de la pluie ou même de la neige, pour ob­te­nir la plus grande con­cen­tra­tion de sucre dans l’in­time des baies. Là-haut, dans quelques par­celles iso­lées des Grands Crus d’Al­ten­berg, de Brand, de Schloss­berg et ailleurs sur l’élite des grands ter­roirs, ce ne sont plus les éclats de rire des ven­dan­geurs

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.