DANS LES VIGNES Vins de Sa­voie, la piste aux étoiles

LONG­TEMPS IN­DÉ­PEN­DANTE, REPLIÉE SUR ELLE-MÊME, LA SA­VOIE NE CROYAIT PAS EN SES VINS. LES VI­GNOBLES SONT POUR­TANT AC­CES­SIBLES, SUR LES CO­TEAUX ABRUPTS BOR­DANT L’AU­TO­ROUTE QUI MÈNE AUX STA­TIONS. MAIS LES TOU­RISTES LES VOIENT-ILS ?

Cuisine et Vins de France - - SOMMAIRE - PAR KA­RINE VA­LEN­TIN, PHO­TO­GRA­PHIES DE JEAN-LUC BARDE

Le vi­gnoble sa­voyard a la ba­ra­ka ! Une manne que ces sta­tions de ski, mar­ché flo­ris­sant pour les vins blancs et rouges de la combe de Sa­voie ven­dus à bon prix. Afin de sa­tis­faire la de­mande de p’tit apre­mont qui va bien sur la planche de char­cu­te­rie sa­voyarde du res­to d’al­ti­tude convoi­té par les pre­miers skieurs de Noël, les pro­duc­teurs se pré­ci­pitent pour mettre en bou­teille le plus tôt pos­sible, par­fois avant le 15 dé­cembre, des vins bal­bu­tiants, à l’aci­di­té agres­sive, de ces blancs à rin­cer les gen­cives. Si cette mode a fait du tort à l’en­semble du vi­gnoble, elle a au moins eu le mé­rite de faire tour­ner les do­maines. Pour­tant elle ne sa­tis­fait plus une as­sem­blée de vi­gne­rons dont les rangs gros­sissent de­puis une pe­tite di­zaine d’an­nées ou­vrant une nou­velle voie pour leurs vins. Ceux-là s’at­taquent au monde en com­men­çant par le reste de la France, au-de­là des fron­tières du du­ché de Sa­voie.

L’al­lant de la jeu­nesse

Une nou­velle gé­né­ra­tion quitte le pay­sage confor­table de mon­tagne pour lor­gner du cô­té des grandes tables, à la ren­contre d’une clien­tèle pas bé­gueule qui a soif de dé­cou­vertes. Sui­vant ain­si la piste des nou­veaux vi­gnobles d’ave­nir, ils ont à peine 30 ans, par­fois moins, peuvent en­core ache­ter un lo­pin à prix com­pé­ti­tif ou le louer. Ils ont sou­vent juste une ou deux ré­coltes à leur ac­tif, mais une for­mi­dable en­vie de bien faire et, sur­tout, l’al­lant de la jeu­nesse, ce­lui qu’on trouve dans leurs vins dif­fé­rents des autres, plus di­gestes, lu­mi­neux, rouges ou blancs d’une in­croyable ori­gi­na­li­té, aux ma­tu­ri­tés fa­vo­ri­sées par le chan­ge­ment cli­ma­tique. Ils sont les hé­ri­tiers de quelques ex­cel­lents vi­gne­rons qui, dé­jà, avaient re­pé­ré la puis­sance de leur sol : Michel Gri­sard, du Prieu­ré Saint-Christophe, les Qué­nard, Jacques Maillet, Do­mi­nique Bel­luard… Et ce sol, presque un mi­racle ! Po­sé entre 200 et jus­qu’à 600 mètres, li­mite de la culture de la vigne, il fa­vo­rise une vi­va­ci­té que l’on dit ten­sion. Fraî­cheur ra­vi­vée par les lacs, ce­lui du Bour­get, sobre et su­blime ins­pi­ra­teur de La­mar­tine « O temps sus­pends ton vol / et vous, heures pro­pices / Sus­pen­dez votre cours / Lais­sez-nous sa­vou­rer les ra­pides dé­lices / Des plus beaux de nos jours ! »

La no­blesse des rai­sins

Sur l’une des berges de la Ri­vie­ra des Alpes, rous­sette de Ma­res­tel et de Mon­thoux, Jon­gieux… ils sont une légion de vingt vil­lages qui ac­colent leur nom à l’ap­pel­la­tion Sa­voie, entre Cham­bé­ry, le mas­sif des Bauges et le ter­rible Gra­nier. Au XIIe siècle, le roc per­dit une par­tie de sa face et, en dé­grin­go­lant dans la val­lée, lais­sa sur le sol des ébou­lis sur le­quel l’homme, dé­tes­tant le vide, plan­ta des vignes, c’est l’apre­mont. Puis le vi­gnoble sa­voyard s’en va plus au nord, sur le Lé­man, c’est Ri­paille, Ma­ri­gnan, Cré­py, Ma­rin…

L’autre atout de taille, c’est la ri­chesse ex­clu­sive de ses rai­sins par­ti­cu­liers. Rat­ta­chée à la France seule­ment de­puis 1860, la Sa­voie n’est pas al­lée cher­cher ailleurs ce qu’elle pos­sé­dait dé­jà. Les pay­sans ont donc fait avec leurs propres rai­sins. Les voies de com­mu­ni­ca­tion com­pli­quées n’ont pas non plus per­mis à ses cé­pages de s’ex­pa­trier, même si la val­lée de l’Isère aux sols fer­tiles, fief des pé­pi­nié­ristes, est la se­conde pro­duc­trice de plants de vignes fran­çaises. Quel autre vi­gnoble peut se van­ter d’avoir une al­tesse, cé­page de la rous­sette de Sa­voie, ra­me­née par la prin­cesse Anne de Chypre, épouse d’un prince de Sa­voie ? Rien à dire, tout est dans son nom… À ses cô­tés, la jac­quère, plus ro­tu­rière, n’est pas sans grâce entre des mains ex­pertes tout comme la mon­deuse, su­blime à pe­tit ren­de­ment, exé­crable quand elle se lâche. Et le rai­sin des princes : prin­san de­ve­nu per­san… Il y a de quoi faire pour toute une gé­né­ra­tion de vi­gne­rons qui a la foi et donne à boire à de nou­veaux consom­ma­teurs qui ont soif de vins dif­fé­rents.

Une nou­velle gé­né­ra­tion qui e le pay­sage conf table de mon­tagne pour l gner du cô­té des grandes tables…

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Dans les vignes de Chi­gnin, l’un des vingt crus sa­voyards pro­duits sous l’AOC vin-de-sa­voie-chi­gnin.

Il fait bon vivre sur les rives du lac du Bour­get, la Ri­vie­ra des Alpes.

Le vi­gnoble de Bri­son-Saint-In­no­cent en sur­plomb du lac du Bour­get.

Notre-Dame des Champs et des Vignes, à Chi­gnin.

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