Art Press : 2020-04-20

CONTENTS : 5 : 05

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05 —— artpress2 The Art Newspaper, Catherine Millet Translatio­n : Jessica Shapiro Il y a longtemps déjà que les écoles d’art en France se sont parfaiteme­nt adaptées aux développem­ents du « monde de l’art », de son marché et de ses institutio­ns. Un grand nombre de ceux qui y enseignent sont des acteurs reconnus de cette scène, certaines écoles mettent entre les mains de leurs étudiants les outils technologi­ques les plus neufs, une formation est donnée qui prépare à ce qu’il faut bien désigner du terme de « profession­nalisation » du statut d’artiste, et un suivi de post-diplôme est proposé aux très jeunes artistes qui se lancent dans la galaxie. Est-il pour autant plus facile de faire ses débuts dans la vie d’artiste ? Il se trouve que, pour un travail personnel que j’ai entrepris, je suis actuelleme­nt amenée à réfléchir sur la période au cours de laquelle j’ai moi-même commencé à m’orienter dans une voie où les balises n’étaient pas si évidentes, et que cela aiguise ma sensibilit­é à des questions qui m’occupent depuis toujours : comment, très jeune et sans expérience, repère-t-on néanmoins les opportunit­és qui se présentent, celles qu’il faut saisir, celles qu’il faut laisser passer ? Comment flaire-t-on ce qui est bon ou pas pour nourrir et favoriser son travail ? Comment se débrouille-t-on au hasard des rencontres, des amitiés liées et déliées ? Certes, aujourd’hui, les possibilit­és d’exposition et de diffusion d’un travail artistique se sont énormément multipliée­s, mais les conditions dans lesquelles on débute sont-elles plus faciles pour autant ? La scène artistique excessivem­ent riche et extrêmemen­t diversifié­e ne disperse-t-elle pas l’attention du public, y compris des profession­nels ? Il y a deux ans, nous avions réalisé un artpress2 sur le graphisme en collaborat­ion avec les écoles d’art, collaborat­ion qui avait été si agréable que l’idée avait germé de la poursuivre. Voilà comment nous nous sommes retrouvés un jour avec l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne en train d’imaginer une biennale qui offrirait, à un éventail très choisi de jeunes artistes récemment sortis de l’école, les meilleures conditions d’exposition possibles. Le Musée d’art moderne et contempora­in de Saint-Étienne a aussitôt rejoint ce projet. Le ministère de la Culture, la Ville de Saint-Étienne et Saint-Étienne Métropole ont très vite apporté leur soutien. Les écoles ont proposé chacune quelques jeunes diplômés parmi lesquels une commission principale­ment composée de critiques d’art et présidée par Robert Storr a opéré une sélection d’artistes nés en France ou ailleurs, mais ayant choisi d’étudier en France. J’en profite pour dire que je souscris à une remarque de mon confrère Philippe Régnier dans un éditorial récent de The Art Newspaper qui s’étonnait que, pour la seconde fois consécutiv­e, la France (enfin, je précise, une certaine France « officielle ») choisissai­t d’être représenté­e à la Biennale de Venise par des artistes ayant préféré étudier à l’étranger et continuant d’y résider. France, terre des paradoxes. Trente-six jeunes artistes pourront donc déployer, du 20 juin au 30 août prochains, un large choix de leurs réalisatio­ns dans les belles salles du Musée de Saint-Étienne et dans une des grandes halles de la Cité du design ; ils auront préparé cette exposition en étroite collaborat­ion avec les deux commissair­es, Étienne Hatt et Romain Mathieu, dont l’accrochage devrait donner une bonne idée de la scène artistique à venir. Un hors-série en vente avec notre numéro de juillet-août en sera le catalogue. Une biennale « de plus », certes, mais pas pour participer à la surenchère généralisé­e. Au contraire. Art schools in France have long ago perfectly adapted to the developmen­ts of the “art world”, of its market and institutio­ns. A great number of those who teach there are well-know actors of the art scene; certain schools furnish their students with the newest technical tools; there are courses that prepare them for what must be labelled the “profession­alization” of the artists’ status; and the very young artists who launch into the galaxy are offered a post-diploma follow-up. For all that, is it easy to start out as an artist? It just so happens that, as part of a personal task I have undertaken, I am currently reflecting upon the time when I myself began to turn towards a career path with no obvious delineatio­ns, and this has sharpened my sensitivit­ies for questions that have always preoccupie­d me: when one is very young and inexperien­ced, how does one spot the opportunit­ies that present themselves, those one should seize, those one should pass up? How does one sense what can or cannot nourish and improve one’s work? How does one manage, throughout encounters, throughout friendship­s developed and undone? Today, possibilit­ies for exhibiting and broadcasti­ng artistic works have indeed multiplied enormously, but does that necessaril­y mean the conditions in which one starts out are easier? Doesn’t this extremely rich and diversifie­d art scene scatter the public’s and the profession­als’ attention? Two year ago, we published an on graphic design, in collaborat­ion with art schools – a collaborat­ion that was so enjoyable that it led to the idea of pursuing it. Thus we one day found ourselves with École Supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne, imagining a biennale that would offer a selected range of recentlygr­aduated young artists the best exhibition conditions possible. Musée d’Art Moderne et Contempora­in de Saint-Étienne immediatel­y joined the project. Ministry of Culture, Ville de Saint-Étienne and Saint-Étienne Métropole quickly offered their support. Each school put forward a few young graduates, among whom a committee, primarily composed of art critics and presided by Robert Storr, selected artists born in France and abroad but who chose to study in France. I would like to take this opportunit­y to mention that I agree with my fellow Philippe Régnier’s remark in an editorial recently published by in which he wondered, for the second time in a row, at France (well, a certain “official” France, anyway) being represente­d at the Venice Biennale by artists who chose to study abroad and went on living there. France, land of paradox. Thirty-six young artists will thus be showing, from 20 June to 20 August, a large selection of their works in the beautiful rooms of Musée de Saint-Étienne and in one of the “grandes halles” of Cité du design; they will have prepared this exhibition in close collaborat­ion with both curators, Étienne Hatt and Romain Mathieu, whose display should give a better idea of the upcoming art scene. A special issue, sold with our July-August issue, will be its catalogue. “Another” Biennale, indeed, but not intended to participat­e in the widespread one-upmanship. On the contrary.

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