Rock & Folk : 2020-06-25

La Vie En Rock Marc Zermati : 64 : 64

La Vie En Rock Marc Zermati

LOVE & ROCK PAR VINCENT HANON QU’ON LE VEUILLE OU NON, ZERMATI ÉTAIT LÀ DEPUIS LE DÉBUT. Il a servi de catalyseur ici. Certains ont parlé avec justesse du glorieux KO métallique des débuts : l’Open Market, le festival de Mont-de-Marsan, le label Skydog. Iggy And The Stooges, le dernier live cataclysmi­que, mythique. “Grease” des Flamin’ Groovies, “Thunder Express” de MC5... Ses débuts à Paris dans une galerie d’art où il avait croisé les chemins surréalist­es de Max Ernst, Joan Miró ou Vince Taylor, époque durant laquelle il avait aussi fait partie de la bande du Drugstore. Ses amitiés avec Johnny Thunders, Jerry Nolan, Nico, Fabienne Shine de Shakin’ Street. Les succès du punk et les grandes heures du Gibus, les frères Taïeb, la poudre et la zonzon... Tous ces groupes qu’il avait fait tourner ou couvés : The Only Ones, Prisoners, 54 Nude Honeys... Plus connu outre-Manche et au Japon qu’en un pays où il estimait qu’on se rallie trop facilement aux médiocres, il qualifiait souvent ses compatriot­es de “Francaouis” (ces Français de France, selon le dictionnai­re pied-noir). Zermati n’était ni consensuel, ni musicien pour deux ronds, mais il avait du pif, vécu en 1966 du côté d’Ibiza, expériment­é avec le LSD, avant de revenir à Paris en Mai 68 (!) : il allait y devenir l’iconique activiste qui contribuer­ait, et souvent contre son gré, à écrire une page essentiell­e de l’histoire interdite de la France. Je l’ai connu sur le tard, au début des années 90, quand je l’ai interviewé pour les ondes. On ne s’est jamais vraiment quittés depuis, même quand je suis parti vivre à l’autre bout du monde. Lui, qui était revenu de tous les voyages, m’avait encouragé à quitter la France. Au fil des ans, Marc était devenu un vrai copain, un ami, avec lequel j’ai passé des jours entiers à discuter, à organiser des virées avec Bebe Buell, John Sinclair, Roy Loney, Atom Rhumba... Cet amateur éclairé de bebop écoutait DylanRadio jour et nuit. Il ne parlait pas seulement sexe, drogues et rock‘n’roll, mais surtout d’Alger et d’Albert Camus (qu’il adorait), partageant avec jubilation sa vision moderniste, dadaïste et outrageuse­ment antiart du milieu. Zermat’ passait un coup de fil par semaine qui durait des heures : une parmi tant d’autres de ces conversati­ons où il était généraleme­nt en boule. Vrai qu’il pouvait être chiant, ramenant régulièrem­ent beaucoup de choses à lui, au point que beaucoup de ses amis l’avaient lâché. Son honnêteté était une affaire de poids et de mesure — ça faisait aussi partie du personnage, de son charme de dandy passionné. C’était comme ça, il fallait l’accepter. Quoi qu’on en dise, Marc n’avait qu’une idée en tête : faire avancer le rock‘n’roll, qu’il n’avait cessé de voir comme une redoutable arme contre-culturelle lors de son passage sur cette terre. Il avait souvent tout pigé avant tout le monde, et su rester infréquent­able pour les bobos. Un visionnair­e que la polémique excitait, qui adorait les fleurs et les femmes. Il est regrettabl­e qu’on n’ait jamais pu finir, lui et moi, le livre de souvenirs qu’il voulait qu’on écrive à quatre mains. Sa capacité cardiaque, des aléas de santé et le foutu confinemen­t en ont décidé autrement. Quatre jours avant de claquer une dernière fois la lourde, cette fois pour de bon, il s’est fendu d’un des appels téléphoniq­ues dont il avait le secret : il voulait s’installer en Normandie, avec son amie, Paris c’était plus la peine. Et puis le téléphone a cessé de sonner. Adieu Marc. H Plus encore que de rock’n’roll, j’aimais parler avec Marc de son enfance, de l’Algérie, du Drugstore, de cette bande légendaire dont il fut un des éminents acteurs !

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