Nice-Matin (Cannes) : 2019-06-20

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Sports nice-matin Jeudi 20 juin 2019 FOOTBALL MONDIAL FÉMININ / RENCONTRE Malgré les préjugés Maud Bessi est l’une des pionnières du foot féminin en France. Installée à Nice depuis trente ans, elle revient sur l’histoire du FCF Reims, premier club réservé à ces dames. Un pari fou ! E lles ont défriché le terrain. Rendu la démocratis­ation du football féminin possible. Si Amandine Henry, Eugénie Le Sommer ou Elise Bussaglia ont pu former l’équipe de France des années 2000, elles le doivent en grande partie à Maud Bessi et ses copines. Celles qu’on appelle aujourd’hui pionnières. En juin 1968, elles sont une quinzaine, dont une majorité d’étudiantes âgées de 17-18 ans, à répondre à l’appel de Pierre Geoffroy et Richard Gaud. Ces deux journalist­es de L’Union de Reims sont chargés d’organiser la kermesse annuelle du journal attendue pour août. Sans trop y croire et sur le ton de l’humour, à une époque où le grand Stade de Reims est sur le déclin, ils imaginent l’organisati­on d’un match de foot féminin. Ils publient une annonce dans leurs colonnes pour attirer d’éventuelle­s joueuses. Un entrefilet dont l’impact va aller au-delà de leurs espérances. En , les féminines jouent deux fois trente-cinq minutes sur les mêmes terrains que les garçons mais avec un ballon plus petit. « Pas venues pour faire les guignols » Après quelques entraîneme­nts, la rencontre face aux Alsacienne­s du FC Schwindrat­zheim, autres précurseur­es, est remportée (3-1) en lever de rideau d’une rencontre des pros du Stade de Reims face à Valencienn­es. Un succès obtenu devant 5000 spectateur­s. Maud Bessi, installée depuis trente ans à Nice quartier Cimiez, après avoir épousé un Niçois, n’a rien oublié de ces débuts rêvés. « Avant ce match, je jouais seule dans ma chambre, avec des balles en papier et la cheminée qui servait de but. C’est mon père, qui suivait le Stade de Reims, qui m’a fait m’intéresser au football. On a gagné contre les Alsacienne­s et notre équipe devait disparaîtr­e. Sauf qu’on n’était pas venues pour faire les guignols en short. On a voulu continuer à jouer. » Le Football Club Féminin de Reims (FCFR) venait de naître et d’entrer dans l’histoire, en qualité de premier club féminin français. « On ne se rend pas compte de ce que l’on est en train de construire. A ce moment-là, on veut juste jouer, rembobine Maud Bessi. Même si nos terrains sont en pente, avec des trous et des bosses, qu’il n’y a parfois pas de douches ou de vestiaire. » Emmenées par Richard Gaud qui joue le coach, alias ‘‘Doudoune’’, les filles s’entraînent deux-trois fois par semaine et commencent à faire parler d’elles. Et leur activité divise (lire par ailleurs). Ces critiques n’atteignent pas les joueuses. Maud Bessi minimise même leur portée. « Le milieu du foot était sceptique, il y avait quelques quolibets mais pas d’hostilité. On ne faisait pas attention, ça ne nous touchait pas du tout. On était après mai 1968, tout était possible. Ce serait peut-être plus virulent aujourd’hui avec les réseaux sociaux.